La Presse
D’entrée de jeu, l’auteur cinéaste Marc Fitoussi impose la personnalité du personnage un peu décalé qu’interprète Isabelle Huppert. L’image que projette cette dernière surprend d’ailleurs un peu dans ce film au premier abord. À mille lieues des rôles sombres et très cérébraux qu’elle a défendus avec une maîtrise peu commune au fil des ans, la comédienne se glisse cette fois dans la peau d’une femme beaucoup plus excentrique. Et lumineuse.
Il suffit d’une pièce de vêtement trop criarde ou d’un trait de rouge à lèvres trop prononcé pour constater que cette femme, qui se fait surnommer Babou, affiche une insouciance de bon aloi. Laquelle lui a probablement permis de traverser jusqu’ici le gris des choses avec un aplomb que pourraient lui envier bien des gens.
Seulement voilà. Tout se complique le jour où sa fille Esméralda (Lolitah Chammah), qui rêve visiblement d’une mère plus «normale», lui annonce son mariage en lui faisant une requête précise: ne pas se présenter à la noce afin d’éviter de lui faire honte.
Rebelle à toute forme d’autorité et joyeusement anticonformiste, Babou tentera de «rentrer dans le rang» afin de retrouver les grâces d’Esméralda. Elle décroche un emploi à Ostende en Belgique, où elle devient vendeuse d’appartements en multipropriété. Évidemment, elle aura du mal à réprimer sa nature dans un contexte professionnel. Sa fille a beau tenter un rapprochement dans la foulée, la route s’annonce quand même difficile.
Copacabana fait sourire, c’est entendu. D’autant que la personnalité flamboyante de Babou fait ici contraste avec le décor plutôt gris d’une station belge en hiver. Cela dit, Fitoussi emprunte les avenues de la comédie dramatique pour tirer progressivement le récit vers le portrait social. Au passage, l’auteur cinéaste propose même en douce une satire assez féroce sur le monde du travail. Par ailleurs, la passion qu’éprouve Babou pour la culture brésilienne met aussi de la couleur et de l’énergie dans cette histoire.
Même s’il tarde un peu à prendre ses marques, le récit penche résolument du «beau côté du monde» en célébrant la liberté d’esprit. En ces temps de grisailles en tous genres, ce n’est pas rien.
Copacabana. Comédie dramatique réalisée par Marc Fitoussi. Avec Isabelle Huppert, Lola Chammah, Aure Atika. 1h41.