La Presse
Dès le départ, le film Lance et compte annonce la couleur. L’aventure cinématographique de la célèbre série télévisée portera le sceau de la continuité. Et n’arpentera aucun nouveau territoire ni ne prendra le moindre risque. Mêmes ingrédients, même formule.
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C’est entendu, la série Lance et compte a marqué l’histoire de notre télévision dans les années 80. Certains (dont je suis) ont préféré garder leurs bons souvenirs de l’époque en oubliant les mauvais téléfilms produits dans la foulée des trois premières séries. D’autres ont persisté. Et assurent à la mouture télévisuelle des années 2000 des cotes d’écoute enviables d’autant qu’une nouvelle génération assiste désormais à la grand-messe sportive du National de Québec. C’est à ces téléspectateurs-là – et uniquement à eux – que s’adresse Lance et compte version grand écran. C’est dire qu’en principe, le succès du film est assuré. D’autant que rien ne peut, ici, déstabiliser le partisan. En aucune façon.
Aux yeux du gérant d’estrade qui n’aurait pas vu un seul épisode depuis les années 80, ce passage au cinéma paraîtra quand même un peu vain. On s’étonnera en outre de constater à quel point la structure dramatique de l’ensemble n’a pas changé d’un iota en près de 25 ans. Il est même possible de tracer facilement des parallèles avec les épisodes du temps jadis quand arrive le moment du pep talk ou que surgissent les inévitables coups de théâtre – certains sont très improbables – au fil du récit. Quel moyen trouvera-t-on pour tenter de stimuler des joueurs démotivés de la même façon que l’avait fait le petit Jimmy à l’époque? On vous laissera la joie de le découvrir. Le fait est qu’on a ici droit à une copie presque conforme. Le point de départ du récit laissait pourtant entrevoir un tout nouveau chapitre, une nouvelle façon d’entraîner l’histoire vers de nouvelles zones.
Écrit par notre collègue Réjean Tremblay, le récit s’attarde en effet à décrire les difficultés qu’éprouve le National de Québec pour se reconstruire après un accident de la route. Dix membres de l’équipe détentrice de la Coupe Stanley – parmi lesquels sept joueurs – ont perdu la vie. Le film commence d’ailleurs à Roberval, quelques heures avant l’accident fatal, où l’équipe dispute une partie hors-concours en vue de préparer la nouvelle saison. L’ambiance est triomphale et festive. Puis arrive la tragédie, les funérailles nationales, surenchère médiatique à la clé. Les déboires de l’équipe sont jumelés à ceux de 200 ouvrières en usine dont les emplois sont en péril sous la menace d’un transfert à l’étranger. On se la joue façon Norma Rae en opposant la réalité de femmes de cœur à celle de ces pleurnichards de millionnaires du hockey. Mais tout cela semble trop plaqué. Le malheur de ces employées donne toutefois lieu à une discussion épique entre Marc Gagnon (Marc Messier) et Suzie (Marina Orsini). Les répliques de leur échange passionné passeront probablement même à l’histoire. Tout comme plusieurs autres d’ailleurs.
Réalisé «à l’américaine» par Frédérik D’Amours (À vos marques, party! , Noémie le secret), le film pêche par excès d’effets dramatiques. Cette impression est amplifiée par la trame musicale de Mario Sévigny, insistante en géritol et pompeuse en diable, laquelle vient souligner à gros traits les émotions que le spectateur doit ressentir. Tout se situe à l’avant d’un premier degré. Les acteurs ne peuvent qu’harmoniser leur approche du jeu à ce parti-pris. Seul Marc Messier, toujours excellent, semble indiquer par une petite lueur permanente dans l’œil la conscience d’une ligne ténue entre le drame et la parodie.
Cette parenthèse cinématographique, pour divertissante qu’elle sera pour les partisans, s’inscrira quand même dans l’œuvre de façon plutôt incongrue. D’autant qu’on a déjà annoncé la mise en chantier de dix nouveaux épisodes prévus pour la télé, médium de prédilection pour une série de ce genre.
LANCE ET COMPTE. Drame sportif. Avec Carl Marotte, Marina Orsini, Marc Messier, Jason Roy-Léveillée. 2 h.