La Presse
Le prince Albert, Bertie pour les intimes, ne devait pas devenir roi d’Angleterre. Mais son frère aîné, Édouard VIII, amoureux d’une Américaine deux fois divorcée, abdiqua le trône en 1936, un an après la mort de leur père, le roi George V. C’est ainsi que le père d’Élizabeth II devint, malgré lui, George VI.
L’histoire de l’arrivée au pouvoir de Bertie (Colin Firth), de son combat contre le bégaiement, et surtout, de son authentique amitié avec Lionel Logue (Geoffrey Rush), un orthophoniste australien aux méthodes atypiques, sert de trame à The King’s Speech de Tom Hooper (The Damned United).
Menée habilement par Hooper, 37 ans, dont la réalisation suave et élégante est toute entière au service du scénario de David Seidler (lui-même bègue à l’enfance), The King’s Speech est une oeuvre académique, d’un classicisme sobre et de bon goût, interprétée impeccablement par Colin Firth, Geoffrey Rush et Helena Bonham Carter, dans le rôle de l’épouse de George V, la future «reine-mère».
Typiquement britannique dans sa forme et son ton, ce drame historique multiplie les réplique comiques et spirituelles, gracieuseté surtout du personnage théâtral de Lionel Logue, Australien excentrique qui encouragera le futur roi, lui-même plein d’autodérision, à repousser ses limites.
En renversant le rapport de force pendant sa thérapie - «Dans mon bureau, on suit mes règles» - Lionel impose le tutoiement à celui qu’il surnomme familièrement Bertie. On devine rapidement l’amitié poindre entre les deux hommes, malgré l’écart entre leurs rangs et les réserves du prince récalcitrant.
The King’s Speech trouve son point d’orgue alors que la Deuxième Guerre mondiale semble imminente et que le nouveau roi doit s’adresser à la nation. Peu de temps auparavant, on voit la famille royale, découvrant à l’occasion d’une projection privée les images d’un discours enflammé d’Adolf Hitler. «Qu’est-ce qu’il dit?», demande la future Élizabeth II, enfant, à son père. «Je ne sais pas, répond-il. Mais il semble le dire plutôt bien.» Tout est dit, en effet, même si le parallèle forcé semble un peu facile.
Le film, récent lauréat des cinq principaux prix aux British Independent Film Awards et du prix du public lors du dernier Festival international de Toronto, est d’ores et déjà l’un des grands favoris à l’Oscar du meilleur film. Ses interprètes devraient également faire belle figure à la soirée des Academy Awards. L’Académie raffole de ces films d’époque divertissants et émouvants, pétris d’humour, d’esprit et de bons sentiments, où une blague salace côtoie la déclamation d’une pièce de Shakespeare.
THE KING’S SPEECH (V.F. LE DISCOURS DU ROI). Drame historique de Tom Hooper avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter. 1h58.