La Presse
Le jeu des oppositions nourrit depuis longtemps les comédies policières au cinéma. De Lethal Weapon à Rush Hour, en passant par Turner&Hooch, Bon Cop Bad Cop ou De père en flic, on ne compte plus les productions misant sur cette dynamique. L’appât, qui marque le retour du réalisateur Yves Simoneau au Québec, ne fait pas exception à la règle. En organisant une rencontre frontale entre deux individus qui n’auraient en principe jamais dû se côtoyer, Simoneau, qui cosigne le scénario avec William Reymond, arpente des sentiers déjà maintes fois balisés.
Des archétypes en guise de personnages, qu’on plonge dans une intrigue de bande dessinée misant à fond sur les différences culturelles. Voilà pour le cadre. Et pour bien nous appâter, deux des vedettes les plus appréciées du Québec dans le domaine du rire: Rachid Badouri, et l’ex-RBO Guy A. Lepage. Le premier incarne Ventura, agent secret français issu d’une culture raffinée et séculaire; l’autre prête ses traits au lieutenant Poirier, un «épais» congénitalement né «gnochon», vague cousin de la fesse gauche du sergent Bigras, vestige des beaux jours de Bonjour la police.
Les deux sont réunis pour former un tandem à la faveur d’une enquête menée par les services secrets d’outre-Atlantique. Qui ont dépêché un agent – Ventura – peu de temps après que Poirier fut devenu par hasard le témoin des derniers instants de vie d’un membre haut placé d’une organisation criminelle internationale. Poursuites, fusillades, trahisons et gags en tous genres figurent au programme, d’autant plus que Ventura travaille avec son coéquipier de fortune de façon clandestine. En prime, la présence d’une espèce de Lara Croft à la peau d’ébène (Ayisha Issa), mystérieuse amazone à la mitraille facile et généreuse, constamment à leurs trousses.
En principe, L’appât devrait être une franche comédie. Sauf rares exceptions, les gags ne fonctionnent pas. À vrai dire, personne ne semble jouer dans le même film. Rachid Badouri, qui possède une indéniable présence à l’écran, prend son personnage très (trop) au sérieux; tandis que Guy A. Lepage en rajoute sur le flanc de l’imbécillité. L’animateur de Tout le monde en parle doit se contenter d’offrir du gros slapstick découlant de gags essentiellement prévisibles et éculés.
En fait, c’est un peu comme si, déchirés entre l’intrigue policière et la comédie, les artisans n’avaient pas osé accentuer l’aspect de bande dessinée. Le récit aurait pourtant pu alors entrer dans des zones plus absurdes, plus drôles. On se surprend même parfois à rêver au film auquel nous aurions eu droit si le mode parodique avait été privilégié. On s’ennuie de Jack Travis détective privé…
Cela dit, même si l’absence de bons gags est éminemment regrettable, il convient toutefois de souligner le dynamisme de la réalisation d’Yves Simoneau, de même que le superbe travail du vétéran Guy Dufaux à la direction photo. Montréal a rarement été mis en valeur d’aussi belle façon au cinéma.
Mais l’emballage a beau séduire, il reste que les carences scénaristiques du film sont flagrantes. D’autant plus qu’elles se révèlent d’elles-mêmes au moment où les gaffes défilent pendant le générique de fin. Quand les scènes ratées sont plus drôles que les «réusies», peut-on dire qu’il y a un léger problème?
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* * 1/2
L’APPÂT. Comédie policière réalisée par Yves Simoneau. Avec Guy A. Lepage, Rachid Badouri, Maxim Roy, Serge Dupire. 1 h 24.