La Presse
La réalité finit par nous rattraper vers la fin de la projection. Dans une scène où, vivant toujours d’espoir, des Juifs français parqués au camp nazi de Beaulne-la-Rolande, chantent et dansent comme si de rien n’était. Comme s’ils ne se trouvaient pas à la veille d’être envoyés comme du bétail au camp d’extermination nazi d’Auschwitz. S’ils ne portaient pas l’étoile jaune, ils ne seraient pas différents de leurs compatriotes comme essayaient de faire croire leurs bourreaux.
Intégrés à cette terre d’accueil, les Juifs d’Europe? Que oui, nous disait la réalisatrice de La rafle, Rose Bosch, en entrevue. Après les pogroms d’Europe de l’Est, la France fut pour eux l’équivalent du paradis, dit-elle.
Jusqu’à ce jour de juillet 1942 où leur univers a basculé. Ce que raconte le film au sujet de cette razzia sans équivalent pour sortir quelque 13 000 Juifs des quartiers parisiens et les entasser au Vélodrome d’Hiver (le Vel d’Hiv) dans des conditions sordides avant de les envoyer dans les camps de la mort.
Sans casser la baraque sur le plan du scénario, le film nous propose une mise en scène tout en contextes, où le spectateur est à même de comprendre quel climat régnait à Paris avant comme après les événements. La réalisatrice a voulu aussi nous faire comprendre que si, oui, des Français ont été complices ou spectateurs favorables de tous les gestes anti-juifs commis durant ces années noires, beaucoup d’autres ont essayé de les aider en les cachant et les aidant à survivre.
Quelques scènes nous renvoient au confort du «nid d’aigle» d’Hitler et dans les officines du gouvernement de Vichy pour nous rappeler d’où provenaient les ordres. Celles-ci sont en partie superflues, voire pratiquement caricaturales avec le Fuhrer.
Le film est desservi par une distribution solide, doublée par une tripotée d’enfants convaincants. On aurait cependant apprécié une plus longue présence de la comédienne Sylvie Testud, toujours excellente. Certains pousseront un soupir exprimant la lassitude devant un «xième film sur la déportation». Au contraire, il faut encore et toujours saluer ces efforts de mémoire. D’ailleurs, on ne peut pas dire que de côté-ci de l’Atlantique, notre cinématographie nous a servi dans le genre. Un long métrage sur Dieppe ou sur la conscription quelqu’un?
LA RAFLE. Drame de Rose Bosch avec Mélanie Laurent, Jean Reno et Gad Elmaleh. 1h55.