La Presse
Avec Somewhere, film languide et minimaliste sur les errances d’une vedette de cinéma, Sofia Coppola distille à nouveau ses observations subtiles et ironiques sur la vie (pas toujours trépidante) des gens riches et célèbres.
Si elle s’est égarée en 2006 sur les traces de Marie-Antoinette, une oeuvre agonisante d’ennui, montée comme une pâtisserie trop sucrée, la cinéaste de Lost in Translation retrouve ses marques. Passant d’un château à un autre, de Versailles au mythique Château Marmont de Los Angeles - l’hôtel de tous les excès du gratin hollywoodien -, elle pose à nouveau un regard d’une grande acuité sur une réalité qu’elle connaît fort bien.
Somewhere, qui lui a valu d’être la première femme américaine à mériter le prestigieux Lion d’or au dernier Festival de Venise, est une tranche de vie à la manière de Lost in Translation. Celle d’un autre acteur hollywoodien, le vague à l’âme, trouvant refuge dans un hôtel.
Johnny Marco (Stephen Dorff, que l’on avait presque oublié), une vedette de films d’action, se promène en Ferrari, boit de la bière, fume des cigarettes, collectionne les femmes et se gave de pilules. Visiblement dépressif, il habite une suite du Château Marmont, oublie ses rendez-vous avec sa fille qu’il voit trop peu souvent, et est obsédé par les paparazzi. Fin du synopsis. Non, la vie de star n’est pas toujours rose.
Le rythme, délicieusement indolent et mystérieux, contemplatif et vaporeux, est typique du cinéma de Sofia Coppola. Comme le sont ses observations fines et caustiques sur les rouages du star-système: les petites hypocrisies, les privilèges, les attentions obséquieuses des «entourages», les questions tour à tour niaises et philosophiques des journalistes...
On savoure les répliques assassines, les parts d’ombre magnifiées à la loupe, le réalisme cruel, les apartés cocasses, les longs silences, la bande sonore signée Phoenix (groupe de l’amoureux de la cinéaste, Thomas Mars) et la présence lumineuse de cette fille de 11 ans (Elle Fanning) qui insuffle un peu de vérité au monde de faux-semblants de son père.
Somewhere n’a sans doute pas la grâce de Lost in Translation, auquel il fait inévitablement penser. Il témoigne peut-être des limites du registre de la cinéaste, qui devra un jour s’ouvrir à d’autres thématiques que l’isolement des cages dorées. N’empêche que Sofia Coppola creuse ici avec brio le sillon d’un cinéma intimiste, à saveur autobiographique, portant indéniablement sa signature.