La Presse
Un des plaisirs du cinéma est de se faire pousser dans des zones d’inconfort. Lorsqu’on fait corps avec l’histoire et qu’on se sent mal pour un personnage qui, en dépit de son côté sympathique, n’en finit plus de s’enfoncer dans le malheur, on sait qu’on a une bonne histoire. C’est exactement dans ce registre que s’inscrit Funkytown, film de Daniel Roby consacré au destin de sept Montréalais qui, dans les années 1970, tentent de se faire une place dans le monde du disco.
À l’époque, Montréal disputait le titre de capitale du disco à New York, son vaisseau amiral, le Limelight (Starlight dans le film) donnant la réplique aux folles nuits du Studio 54. Le tout sur fond d’accession du Parti québécois au pouvoir et d’une forte affirmation du fait français.
La réussite de ce portrait, le réalisateur la doit beaucoup au jeu des acteurs principaux. Avec au premier plan un Patrick Huard en pleine possession de ses moyens. Incarnant Bastien Lavallée, animateur-vedette librement inspiré d’Alain Montpetit, Huard livre ici un personnage aux états d’âme variés, passant de la légère arrogance à une profonde détresse, avec une invariable justesse.
Bastien est flanqué de Jonathan (Paul Doucet), personnage profilé de Douglas Léopold, passionaria gai du night life, empereur de l’in et du out et collectionnant les jeunes éphèbes. Évitant la caricature, Doucet propose un personnage qui, derrière quelques pointes d’exubérances, montre sensibilité et vulnérabilité.
Sept histoires, disions-nous, d’êtres qui se croisent et se décroisent dans un univers imbibé de drogue, de sexe, d’ego et de musique. Outre Bastien et Jonathan, il y a Tino (Justin Chatwin), futur père de famille qui assume mal son homosexualité, Mimi (Geneviève Brouillette), chanteuse à gogo tentant de faire redémarrer une carrière arrivée à sa date de péremption, Gilles Lefebvre (Raymond Bouchard), producteur assoiffé de dollars et de pouvoir, son fils Daniel (François Létourneau), gérant du Starlight qui veut voler de ses propres ailes, et Adriana (Sarah Mutch), starlette de la mode prête à tout pour faire carrière dans la chanson.
Voilà un scénario chargé! Beaucoup de matière dans cette histoire qui se déroule plus en anglais qu’en français. D’y avoir en plus greffé un volet politique nous paraît superflu. Les scènes abordant la question sont décalées. L’osmose entre les deux histoires n’est pas harmonieuse.
Beaucoup plus intéressante est cette galerie de personnages qui, même si tous les comédiens ne jouent pas sur le même niveau, cherchent à prendre racine dans ce monde artificiel où tout est jetable, malléable, interchangeable. Si, en 1977, Saturday Night Fever nous faisait vivre la mode disco à travers ses adeptes, Funkytown nous présente davantage son côté business. Dans leur quête à réaliser leur rêve, ces âmes en mal de reconnaissance nous renvoient d’ailleurs à ce qu’on peut voir aujourd’hui avec la téléréalité.
Funkytown n’est pas un film parfait. Mais appuyé par une trame sonore solide et une reconstitution historique remarquable, il nous fait voir la face cachée et glauque de la boule miroir.
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***1/2
FUNKYTOWN
Drame musical de Daniel Roby avec Patrick Huard, Paul Doucet et Justin Chatwin. 2h13.