La Presse
Les tragiques amants de Shakespeare revus et corrigés pour le public enfantin: mission impossible? Pas du tout. Sous la gouverne du réalisateur Kelly Asbury (Shrek 2), Romeo and Juliet est devenu Gnomeo and Juliet, mettant en scène Gnomeo le bleu et Juliet la rouge. Qui ne sont pas des couleurs politiques, mais celles des familles respectives des amoureux, qui vivent chacun d’un côté de la clôture séparant deux jardins. Oh, et en passant, ils sont de terre cuite ou de porcelaine... enfin, de cette matière dont on fait les nains de jardin.
Ainsi, comme dans l’histoire classique, les deux clans se détestent, mais bon, quand Cupidon frappe, il le fait aveuglément. Avec les résultats que l’on sait – mais qui, on le devine, public oblige, seront ici à placer dans la colonne des éléments positifs.
Côté animation, Gnomeo and Juliet est craquant (même si ce mot est probablement banni au royaume des nains de jardin). Réalisé dans les studios Starz de Toronto, le film enchante par le soin apporté aux détails: feuilles dans le vent, pétales de fleurs sous le soleil, lumière se reflétant sur la «peau» parfois abîmée des personnages, jardins éclairés par les étoiles et par ses couleurs «pétantes».
Côté scénario, malgré un temps faible à mi-parcours, ce n’est pas le fouillis que l’on aurait pu craindre. Le récit se tient seul et, avec son humour sympathique, plaira aux tout-petits. Quant aux plus grands, ceux qui connaissent l’oeuvre originale – en gros, mais surtout dans les détails – de même que les sources d’inspiration du vénérable William et certaines autres de ses pièces, seront conquis par les clins d’oeil que les auteurs (ils sont une flopée) lui adressent.
Ici, le combat d’épée devient course de tondeuses; là, la scène du balcon est réinterprétée de façon aussi charmante que surprenante. Ailleurs, le franciscain frère Laurent se fait flamand rose de plastique à l’accent espagnol tandis que l’opulente nounou de Juliet devient une grenouille bien ronde nommée Nanette. Plus loin, Benvolio devient Bennie, prétexte à entendre Bennie and The Jets, puisque, rappelons-le, l’un des producteurs du film est Elton John, dont les classiques, certains transformés en de vigoureux duos (avec Lady Gaga, Nelly Furtado, etc.), servent de trame sonore à ce film qui, au final, est très bon enfant.
Bref, une vague «nains de jardin» post-Amélie Poulain pourrait être à prévoir...
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GNOMEO AND JULIET (V.F.: GNOMÉO ET JULIETTE)
Film d’animation de Kelly Asbury. Avec les voix de James McAvoy et Emily Blunt en anglais; de Maxime LeFlaguais et Sophie Cadieux en français. 1h22