Le vendredi 4 mars 2011
The Adjustment Bureau: sous l’emprise de Big Brother
La Presse
Pour sa première réalisation, George Nolfi, qui a notamment signé les scénarios d’Ocean’s 13 et de The Bourne Ultimatum, porte à l’écran une nouvelle du maître de la science-fiction Philip K. Dick.
La réussite de The Adjustment Bureau tient principalement à deux choses. On y trouve d’abord une métaphore crédible, bien ancrée dans notre époque, qui fait écho à toutes ces théories du complot voulant que le monde soit à la solde de grandes puissances obscures sur lesquelles personne n’a de contrôle. De façon habile, l’auteur cinéaste avance cette idée pour mieux la détourner ensuite.
Mais surtout, il y a, au cœur de ce drame de science-fiction, une histoire résolument romantique, racontée de façon vibrante sans qu’elle tombe dans les effets appuyés ou le sentimentalisme gnangnan. Dans le cinéma dit «d’action», une approche aussi assumée n’est pas si fréquente.
Matt Damon incarne dans cette histoire un politicien en qui le pays fonde de grands espoirs. Sa carrière est pourtant compromise le jour où un tabloïd révèle un épisode moins glorieux de son passé. C’est à la sortie d’un meeting politique dans un grand hôtel new-yorkais que David Norris (Damon) rencontre par hasard une jeune femme (Emily Blunt) qui, en principe, aurait dû être escortée vers la sortie par les agents de sécurité. Coup de foudre.
Dès lors débarquent dans la vie de l’homme des agents issus d’une organisation secrète. L’histoire d’amour avec cette femme ne figurant pas dans les «plans préétablis», on tente de «replacer» David sur la voie déjà tracée pour lui.
Simple marionnette au service de gens mystérieux qui peuvent faire basculer le monde dans une autre dimension s’ils le veulent, Norris tente alors de déjouer le cours des choses. Et peut-être même entraîner la femme qu’il aime avec lui.
Interprètes de calibre
Sorte de Sliding Doors planté dans un décor à la Inception, The Adjustment Bureau arpente des territoires déjà défrichés mais tire quand même son épingle du jeu. Visuellement, ce thriller est splendide. Nolfi parvient aussi à mener son récit de façon haletante sans recourir aux effets tape-à-l’œil.
Surtout, le cinéaste aura eu le flair de faire appel à deux acteurs dont la complicité se révèle tangible à l’écran. Damon, probablement le plus polyvalent des acteurs américains, propose une fois de plus une très belle composition, et Emily Blunt (The Young Victoria) trouve ici l’un de ses plus beaux rôles. The Adjustment Bureau est un divertissement de qualité. Et s’inscrit dans ce que le cinéma hollywoodien sait faire de mieux.
THE ADJUSTMENT BUREAU (V.F. BUREAU DE CONTRÔLE).Drame de science-fiction réalisé par George Nolfi. Avec Matt Damon, Emily Blunt, Anthony Mackie. 1h46.