Le jeudi 24 mars 2011
J'm'en va r'viendre : tristement beau
La Presse
«Je replonge dans ‘marde tous les cinq ans. C’est cyclique!». Dans J’m’en va r’viendre, Stephen Faulkner se raconte honnêtement, sans aucun épanchement, parfaitement conscient du prix à payer pour exercer son art à sa manière, tant sur le flanc professionnel que personnel.
L’auteur d’immortelles du country rock québécois (Doris, Si j’avais un char, Le météore et bien d’autres) a pourtant reçu de la jeune – et tenace – réalisatrice Sarah Fortin le plus beau cadeau qui soit: un vrai film de cinéma. Duquel émane l’âme fragile d’un songwriter d’exception.
Même si J’m’en va r’viendre n’est pas un documentaire musical, les chansons de Faulkner colorent évidemment le propos. D’autant qu’elles expriment de façon éloquente l’esprit de ce lonesome cowboy révélé il y a près de 40 ans sous le pseudo Cassonade. Qui plus est, le film est ponctué de quelques prestations authentiques et émouvantes, captées lors de spectacles offerts au fil d’une tournée où les engagements se font beaucoup trop rares.
Ayant suivi ce troubadour «au bord de l’itinérance» pendant un an et demi, juste au moment où il tentait de se refaire une santé artistique en formant un nouveau groupe, Sarah Fortin a magnifiquement su traduire la quête existentielle et musicale d’un artiste en suspens. Les doutes, les remises en question, l’enthousiasme un jour, la déprime le lendemain. Des jeunes musiciens admiratifs qui ne demandent pas mieux que de travailler avec lui de nouvelles chansons. Qui n’arrivent jamais. Ne pas trop savoir dans quelle direction aller mais éviter celle qu’on sait ne pas vouloir prendre. Bref, la complexité d’un créateur. En toute simplicité.
De superbes images en noir et blanc, granulées comme un timbre de voix à travers lequel résonnent des années de galère, rappellent la profonde américanité dans laquelle est ancrée la poésie de celui qui «voulait jouer aux cowboys». C’est tristement beau.
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***1/2
J’M’EN VA R’VIENDRE
Documentaire réalisé par Sarah Fortin. Avec Stephen Faulkner. 1h15.