Le jeudi 19 mai 2011
À St-Henri, le 26 août: l’âme d’un quartier populaire
«Le quartier n’est plus ce qu’il était.» «Le quartier a bien changé.» Voilà pour les grandes affirmations classiques. Le genre de chose qu’on répète à propos d’une rue, d’un quartier, d’une région, d’une ville dont le visage a changé au cours des récentes décennies. On les entend dans le documentaire À St-Henri, le 26 août de Shannon Walsh. Nostalgie quand tu nous tiens! À cela, on a spontanément envie de répondre: Et alors?
Oui, le quartier a changé. Oui, il n’est plus ce que c’était. Mais il ne faudrait pas perdre de vue que ce quartier a tout de même une âme, différente, certes, mais une âme quand même qu’il faut regarder, prendre et assimiler avec les yeux du présent.
St-Henri a changé et c’est tant mieux si ce beau quartier populaire de Montréal ne s’est pas figé dans son passé. Au contraire, il est à sa façon, le reflet de ce Québec éclectique, multiethnique, dynamique et -parfois aussi- hypnotique qu’il est devenu.
Dans ce film, à la fois écho et hommage au film À St-Henri, le 5 septembre d’Hubert Aquin, Shannon Walsh s’est, à travers les images captées par 16 jeunes cinéastes, beaucoup plus intéressée à l’actuel qu’au passé. Un des bons exemples nous vient de ces deux femmes, Québécoises pure laine, se faisant faire une pédicure dans un commerce tenu par des immigrants asiatiques. Il y a aussi ces jeunes qui découvrent leur lieu de vie d’une façon tout à fait originale en investissant des égouts et des immeubles abandonnés.
La formule employée, soit de lancer les 16 cinéastes sur les traces des habitants du quartier dans une période fermée de 24 heures, répond parfaitement à cette quête.
Évidemment, on ne peut faire abstraction du fait que ce documentaire sort, à une semaine d’intervalle du film L’Est pour toujours dont il a été question dans ce cahier la semaine dernière. Deux films à caractère très social, deux films qui explorent un quartier modeste de la ville sans porter de jugement.
Les approches sont toutefois différentes. À St-Henri, le 26 août nous apparaît un opus plus cinématographique, avec une photo hyper léchée à laquelle on a soumis un traitement particulier appelé traitement sans blanchiment. Sur le plan du propos, il est moins introspectif, plus poétique et lyrique.
Imprégné d’une certaine douceur de vivre et de tendresse, À St-Henri nous donne certainement envie d’aller y faire un tour.