Le jeudi 19 mai 2011
Le nom des gens: drôle et audacieux
La Presse
Bahia Benmahmoud (Sarah Forestier) couche toujours le premier soir, question de principe. Cette pasionaria des temps modernes applique à la lettre le slogan baba cool «faites l’amour pas la guerre » et se sert de son corps « comme une arme de destruction massive des fachos».
Elle accumule les mariages blancs pour sauver de l’expulsion des immigrés clandestins, prône l’assimilation contre le sectarisme, bref c’est une militante de l’idéologie de gauche comme on n’en fait plus.
Elle rencontre Arthur Martin (Jacques Gamblin), un épidémiologiste quadragénaire qu’elle classe immédiatement dans la catégorie des fascistes en raison de son discours sur le principe de précaution et la grippe aviaire. Mais elle réalise très vite que, derrière son nom typiquement français, se cache une histoire familiale. Celle-ci rappelle, en fait, la sienne et celle de milliers de Français nés de couples mixtes dont l’un des parents a immigré en France avant leur naissance.
De ce scénario (César 2011 du meilleur scénario original) cosigné par le réalisateur Michel Leclerc et Baya Kasmi, qui se sont inspirés de leur propre histoire, est ressortie une comédie politico-romantique comme on en voit trop peu au grand écran. La réflexion sociale, politique et historique du long métrage vient déconstruire les préjugés racistes, basés sur un nom ou un faciès, qui minent la société française.
Les dialogues cinglants posent, entre autres, la question de l’héritage familial et de l’identité, tant nationale qu’intime, et la difficulté à concilier les deux. Mais toujours avec un brin de dérision. Mention particulière à Sarah Forestier, récompensée lors de la 36e Cérémonie des César pour son rôle dans Le nom des gens. Son naturel et sa désinvolture apportent une bouffée d’air frais et de libertinage à un film à la fois drôle et audacieux.
Comédie de Michel Leclerc. Avec Sara Forestier, Jacques Gamblin et Zinedine Soualem. 1h44