La Presse
C'était un rebelle. Les Québécois ont fini par l'adopter. Il est mort trop tôt.
Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de Gerry un long métrage mémorable. Mais, malgré ses qualités, le film ne va pas plus loin que le film biographique standard.
Tiré du livre de Mario Roy et basé sur un scénario de Nathalie Petrowski, ce long métrage d'Alain DesRochers (La bouteille, Nitro) raconte la carrière, les amours et la mort du chanteur d'Offenbach, premier groupe hard rock québécois à chanter en joual.
Le film commence à Saint-Jean-sur-Richelieu dans les années 50 et se termine par le décès du personnage principal, en 1990. Entre les deux, on suit le parcours de Gérald Boulet, alias «Gerry» (Mario Saint-Amand), de ses débuts avec le groupe yéyé Les gants blancs jusqu'aux grandes années d'Offenbach, et enfin comme chanteur solo à succès vivant sur du temps emprunté.
D'entrée de jeu, c'est le soulagement: loin des atroces séries sur Harmonium ou Félix Leclerc, le film capture bien l'esprit du temps. La reconstitution historique est efficace (looks, ambiance: aucune faute de goût), la distribution est à la hauteur (tout le monde ressemble aux «vrais», sauf Pierre Harel), les perruques sont crédibles (ouf!) et la musique, personnage central étant donné le sujet, occupe la (très grande) place qui lui revient: oui, ça rocke en masse. Même que ça sonne comme une tonne de briques.
Visuellement, il y a aussi quelques moments forts. L'emprunt à Easy Rider (le trip d'acide), les «split screen» à la Woodstock (scène du spectacle à l'Oratoire) et les clins d'oeil au cinéma-vérité (tournage en France du film Tabarnac!) nous rappellent qu'Alain DesRochers a fait ses classes dans le domaine du clip.
Mais hormis cet enrobage efficace, force est d'admettre que Gerry, le film, est plus sage et conventionnel que Gerry, le chanteur.
De toute évidence, Alain DesRochers n'a pas cherché à réinventer les règles du genre. La vie du rockeur est survolée en 2 heures et 11 minutes, de façon scrupuleusement chronologique, avec arrêts à la loupe sur les moments-clés. Bref, on reste au premier degré sur les sentiers battus de la biographie en images.
Pas un défaut en soi, mais le film embrasse tellement large et se déroule de façon si linéaire qu'il peine à trouver son point de vue. Entre l'histoire du groupe, l'histoire d'amour avec la belle Françoise Faraldo (Capucine Delaby, charmante) et celle de ce fils d'ouvrier insoumis, on cherche en vain un angle, une ligne éditoriale. Tout semble traité sur le même plan, comme une longue enfilade de scènes anecdotiques. Et Gerry finit par passer à côté de sa montée dramatique.
Pas complaisant
Il reste l'excellente performance de Mario Saint-Amand qui porte littéralement le film sur ses épaules et évite le piège de la caricature. Ce n'était pas donné d'avance. Son Gerry profondément imparfait, aussi baveux, buveur et insupportable que jovial, charmeur et tête de cochon, est on ne peut plus crédible et aussi touchant que possible, vu la nature du personnage.
En d'autres mots, on ne sombre pas dans la complaisance. Gerry a été réhabilité avant sa mort, et presque sanctifié depuis. Mais il ne faut pas oublier qu'il fut, pour la plus grande partie de sa vie, un simple col bleu du rock québécois, avec une carrière en montagnes russes. Or, le film colle bien à ce côté «gars ordinaire». Il n'y a ici aucune paillette et aucun glamour. Juste un chanteur qui avait de l'instinct, qui a été populaire au Québec et qui est mort dans la force de l'âge.
Au final, on peut dire que Gerry est un film à l'image d'Offenbach: simple et carré. Une génération entière se reconnaîtra dans ce portrait d'époque assez juste, qui charrie encore sa part de souvenirs. Mais au-delà de l'inévitable effet de nostalgie, parlera-t-il aux plus jeunes?
GERRY
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Drame biographique d'Alain DesRochers. Avec Mario Saint-Amand, Capucine Delaby, Marc-François Blondin, Eugene Brotto, Mathieu Lepage, Eric Bruneau, Jonas et Roberto Mei.
2h11.