La Presse
Il était une fois… Enchanted. Une délicieuse fantaisie dans laquelle une princesse animée se retrouvait à New York et appliquait à notre monde les valeurs et les manières de faire d’un univers bonbon. C’était formidablement réussi, plein d’autodérision, de pétillant, d’humour pour petits et grands. On ne peut en dire autant de The Smurfs de Raja Gosnell, qui présente semblable recette – mais où on a oublié d’intégrer intelligence et originalité.
Une vision, quoi. Résultat : un film qui largue les enfants pour de longues périodes qui, elles, tentent de toucher l’adulte… mais le ratent aussi. L’ensemble tombe ainsi entre deux chaises.
Long métrage hybride – les personnages en CGI y côtoient de vrais acteurs, à la façon de Garfield, The Chipmunks et autres Scooby-Doo, ce dernier réalisé par le même Raja Gosnell – The Smurfs commence (très bien) au village des Schtroumpfs. Dans une scène enlevante, les plus connus des p’tits bonhommes bleus créés par Peyo (Papa Schtroumpf, la Schtroumpfette, le Schtroumpf à lunettes, le Schtroumpf grognon, le Schtroumpf maladroit, etc.) sont (re)mis en contexte. C’est joyeux, rigolo, dans l’esprit de la bande dessinée, les petits vont aimer, les grands nostalgiques aussi.
Bref, c’est schtroumpfant – traduction : c’est prometteur. Et malheureusement, ça ne tient pas ses promesses.
Le scénario déraille lorsque cinq Schtroumpfs et la Schtroumpfette (mignons comme tout, en CGI et en 3D) débarquent accidentellement dans la Grosse Pomme, poursuivis par Gargamel (Hank Azaria en chair, en os, en prothèses faciales et en manières «bédéesques», pour un résultat très amusant) et son chat Azrael (parfois 100% en chair et en os, parfois «aidé» par le CGI). En cours d’aventure, les Schtroumpfs font la connaissance d’un publicitaire angoissé à l’idée de devenir papa et stressé par le boulot (Neil Patrick Harris), et de son épouse enceinte et zen (Jayma Mays, de Glee). Tension entre les époux, que les Schtroumpfs vont aider à dissiper.
Le bât blesse sérieusement à partir de là. Cette ligne dramatique – qui occupe beaucoup de temps écran – n’intéressera pas une seconde les petits. Quant aux adultes, pour qu’ils s’y laissent prendre, il faudrait qu’ils « embarquent », par exemple, dans le grand exposé sirupeux que le Grand Schtroumpf débite à Patrick au sujet de la paternité et qu’ils croient à la réaction de ce dernier lorsque, ému et édifié, il s’extasie des qualités paternelles du grand petit barbu bleu…
Bien sûr, quelques expressions « schtoumpfantes » sont délicieusement politiquement incorrectes et feront rire les plus grands. Mais pas de là à dire, comme le producteur Jordan Kerner, que le film s’adresse aux 25 à 40 ans! Nous sommes en fait en présence d’une oeuvre qui ne satisfera entièrement aucun public.
THE SMURFS (VF: LES SCHTROUMPFS)
Comédie fantaisiste de Raja Gosnell. Avec Neil Patrick Harris, Hank Azaria, Jayma Mays, Sofia Vergara. 1h37
**1/2