|
|
Philippe Renaud (collaboration spéciale) |
La Presse
Film cruel et beau, Le poème, cinquième long métrage de l’ex-ministre de la Culture sud-coréen Lee Chang-dong (Secret Sunshine, Oasis), nous sert une leçon sur la beauté cachée dans les petites et grandes choses laides. Un poème, quoi.
Tout le film repose sur les épaules de l’actrice Yoon Jeong-hee, qui fait un travail magistral et bouleversant dans le rôle de Mija, grand-mère encore pimpante et toujours tirée à quatre épingles dont la vie paisible sera bouleversée. Elle élève seule à Séoul son ingrat de petit-fils ado, Wook (Lee Da-wit), et boucle ses fins de mois de peine et de misère en étant aide à domicile pour un vieil homme handicapé. Décidée à consulter un médecin pour des douleurs au bras, elle recoit plutôt un autre diagnostique : la maladie d’Alzheimer.
Or, le film débute avec l’image du corps d’une jeune femme flottant dans la rivière ; on apprend vite que son flan mou de Wook et ses cinq meilleurs amis ont, pendant des mois, violé l’étudiante dans une salle de cours, avant qu’elle ne se suicide. Son journal personnel a été découvert, tout y est relaté, et les pères des cinq jeunes prennent la décision d’essayer d’étouffer l’affaire en dédommageant financièrement la famille.
Parallèlement, Mija s’inscrit à un cours de poésie, son frère lui ayant déjà dit qu’elle serait la poète de la famille. Son but est d’écrire ne serait-ce qu’un poème avant d’avoir oublié l’usage des mots. Entre ses visites chez l’handicapé, elle fréquente un cercle de poètes et tente de comprendre les gestes de Wook.
Film au tempo précieux et à la caméra intime, le récit (prix du meilleur scénario au dernier Festival de Cannes) s’étire sur 2 h 19 sans jamais présenter de longueurs ; chaque méticuleuse scène a son importance dans la construction du drame, qui explore de nombreux thèmes, de la tendresse à l’insouciance, en passant par la justice et la dure réalité du quotidien.
LE POÈME (Shi)
****
Drame de Lee Chang-Dong. Avec Yoon Jeong-hee et Lee Da-wit. 139 minutes.