Le jeudi 1 septembre 2011
Pour l'amour de Dieu: l’amour au temps du sacerdoce
La Presse
Dans le Québec de 1959, une petite fille de 11 ans se retrouve dans un triangle amoureux, entre une religieuse et un prêtre.
Mystérieuses et intimes, sont les raisons qui ont poussé certains à choisir d’entrer en religion. Et déchirantes, souffrantes, brûlantes, ont été les foudres amoureuses qui ont frappé à leur insu ces mêmes âmes pieuses qui ont offert à Dieu leur existence terrestre, sacrifiant la sensualité pour une vie de service et de dévotion.
La rapport trouble entre les élans du cœur et du corps et le sacerdoce s’exprime surtout, par les temps qui courent, par l’éclatement au grand jour de scandales sexuels. Mais à travers Pour l’amour de Dieu, Micheline Lanctôt semble avoir voulu rendre leur humanité à des hommes et des femmes d’église habités par de nobles intentions. La cinéaste s’est inspirée de ces figures religieuses influentes et formatrices de son enfance pour composer les personnages et l’intrigue de son treizième film à titre de réalisatrice.
À l’instar de plusieurs de ses congénères, la cinéaste porte l’héritage d’une symbolique religieuse faite de sang, de péchés, d’idéal de pureté, de peur et aussi d’une idée de saleté associée au désir charnel. Pour l’amour de Dieu réunit habilement ces thèmes chargés pour dresser un récit autobiographique où une petite Léonie de 11 ans (Ariane Legault), avance et grandit à tâtons dans la Grande Noirceur, entre piété enfantine et découverte de l’amour, du mensonge, du désir et autres interdits.
Grâce à une facture visuelle sobre, qui recrée avec réalisme les salles de classes ordonnées, les logements austères et le climat d’austérité des 1950, Pour l’amour de Dieu nous entraîne avec l’esprit d’une époque où le Québec baignait dans la religion catholique.
En mère autoritaire, pragmatique et en réaction contre l’église, on retrouve une Linda Johnson qui s’empare de ce rôle avec force, complexité et sévérité. La jeune Ariane Legault est parfaite dans les habits d’écolière d’une enfant pieuse et secrète, qui se réfugie dans ses fantasmes et ses prières pour se blinder contre l’austérité et la violence de son quotidien.
Des «apparitions» ponctuelles d’un Jésus énigmatique et caricatural (Rossif Sutherland) font parfois verser dans l’onirique ce film qui dépeint avec un souci du détail la vision d’une enfant des années 1950. L’actrice Madeleine Péloquin, dans les habits de Sœur Cécile, rend avec justesse l’émotion et la souffrance d’une jeune religieuse déchirée entre son inclination pour un jeune père portugais (ténébreux Victor Trelles) et son engagement envers l’église. Seule la fin (55 ans plus tard) est moins réussie, alors que la cinéaste cède à une conclusion romantique qui hélas brise l’équilibre.
C’est un film pourtant un film nuancé, profond et mature, que nous offre Micheline Lanctôt. Une œuvre qui prête à la réflexion.
Pour l’amour de Dieu, drame de Micheline Lanctôt, avec Ariane Legault, Madeleine Péloquin, Victor Trelles et Lynda Johnson.