Ceux qui suivent la carrière de Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising) savent sa fascination pour la violence crue, son amour des (anti) héros monolithiques, peu bavards, sans passé. Ils savent aussi sa façon hautement stylisée de raconter une histoire en images, en musiques et en silences.
Le réalisateur danois reste lui-même dans Drive, son premier film «hollywoodien» (qui ne l’est pas vraiment, tant il déroge aux conventions du blockbuster). Un film noir façon années 70 qui, par certains aspects, rappelle Point Blank et autres Bullitt. Un film à la fois sophistiqué et brut qui, en ce sens, rappelle l’approche utilisée – mais de façon différente – par Steven Soderbergh dans The Limey.
Bref, le «contenu» est simple. Le résultat se démarque par le «contenant».
Inspiré du roman «pulp» de James Sallis, Drive est l’histoire d’un conducteur sans nom, appelons-le Driver, portant un blouson de satin blanc orné dans le dos d’un scorpion doré, incarné par un Ryan Gosling au visage si volontairement hermétique que la moindre expression, quand elle traverse le masque d’impassibilité, fait mouche.
De jour, entre deux contrats sur les plateaux de tournage où il exécute des cascades automobile, il est mécanicien. De nuit, parfois, et à des conditions extrêmement précises, il vend ses services d’as du volant à des malfrats ayant besoin de quitter en vitesse les lieux du crime.
Autour de lui, son mentor (Bryan Cranston) – aussi bavard et chaleureux que Driver est froid. Deux types eux aussi aux abords sympathiques (Albert Brooks et Ron Pearlman) mais qui ont les dents longues. Et la jolie voisine (Carey Mulligan), qui a un enfant à ses côtés et un mari en prison. Si nous étions dans un conte, et nous y sommes un peu, il y aurait là une princesse, des dragons qui la menacent, un preux chevalier qui viendra à son secours. Et, le conte étant moderne, les autos remplacent les chevaux.
Drive, c’est donc aussi les poursuites motorisées à fond la caisse. Parfois de jour. Souvent de nuit, dans les rues désertes d’un Los Angeles qui n’est pas de carte postale. Au son d’une trame sonore électrique, nerveuse comme un pur-sang, signée Cliff Martinez; et de chansons pop rétro, qui enrobent et «féminisent» l’ensemble.
La réalisation, qui a valu le prix de la mise en scène à Nicolas Winding Refn au dernier Festival de Cannes, est aussi puissante que les moteurs, aussi percutante que les scènes de violence. Elle est réfléchie, calculée. Originale. Belle. Dérangeante, aussi. De l’art, quoi.
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Drive (V.F.: Sang-froid)
Film noir de Nicolas Winding Refn.
Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston.
1h40