La Presse
Il est toujours triste de voir des gens de talent s’enliser dans un projet indigne des standards de qualité auxquels ils nous ont habitués. Comment le très estimé cinéaste irlandais Jim Sheridan s’est-il résolu à porter à l’écran un scénario (signé David Loucka) dont l’intrigue verse si rapidement dans le grotesque? Peut-être est-ce la volonté de se colleter à un genre différent, simplement pour le plaisir de la chose. On ne voit pas d’autre explication.
Dream House (La maison de rêve en version française) est un thriller à saveur vaguement paranormale ayant pour cadre une maison hantée par le souvenir de meurtres sordides perpétrés en ses murs il y a cinq ans. Sans ne rien connaître de l’histoire de cette maison, l’éminent journaliste Will Atenton (Daniel Craig) s’y installe avec sa petite famille parfaite pour y écrire un bouquin, loin des rumeurs de la mégalopole. Des signes inquiétants commencent alors à se manifester. L’épouse bien aimée (Rachel Weisz), inquiète, pense que son mari lui a caché des choses. Leurs deux fillettes adorables trouvent de leur côté un espace converti en véritable maison de poupées. Visiblement, des enfants du même âge sont déjà passés par là.
Leur voisine d’en face (Naomi Watts) a certainement été témoin de certaines choses mais elle préfère quand même s’emmurer dans un silence éloquent. À partir du moment où, très tôt dans le récit, l’un des éléments-clés de cette histoire est révélé, Dream House ne tient déjà plus la route.
Sheridan, un cinéaste rompu aux films dramatiques et sociaux (My Left Foot, In the Name of the Father, In America), propose un film soigné à tous les niveaux, mais court néanmoins à sa perte en prenant ce scénario trop au sérieux. Dream House aurait pu être un film beaucoup drôle, beaucoup plus gore, ou beaucoup plus affolant si le cinéaste s’était permis un peu de folie. Tel qu’il est, ce film trop sage ne peut satisfaire les amateurs de vrais films «de peur», ni les amateurs de séries noires, pas plus que les admirateurs habituels du cinéma de Sheridan.
Sorti à l’ombre de toute critique à la suite d'une directive du distributeur américain Universal, Dream House sera effacé très vite de la mémoire de ses artisans et de celle du public. Ce film restera toutefois important dans le parcours personnel de Rachel Weisz et Daniel Craig. C’est en effet sur le plateau de Dream House qu’est née leur histoire d’amour. À quelque chose malheur est bon!
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Dream House **
Suspense psychologique réalisé par Jim Sheridan. Avec Daniel Craig, Rachel Weisz et Naomi Watts. 1h30.