Le vendredi 4 novembre 2011
L'homme qui voulait vivre sa vie : jusqu’au bout de soi
L'homme qui voulait vivre sa vie
La Presse
Même s’il ne s’agit pas du tout du même univers, on ne peut s’empêcher de tracer certains parallèles entre le très beau film de Jacques Audiard De battre mon coeur s’est arrêté, et cette adaptation du roman The Big Picture de Douglas Kennedy. Cela tient au ton, aux atmosphères, à l’intensité. Cela est aussi dû au fait de la mise en présence de Romain Duris et Niels Arestrup, dont la rencontre dans le film d’Audiard fut mémorable.
Très franchement, nous n’attendions rien d’aussi beau de la part d’Eric Lartigau. En tout cas rien d’aussi fort, d’aussi grave. Le réalisateur, dont le film le plus connu chez nous est Prête-moi ta main, une comédie romantique sympa à défaut d’être grandiose, affiche en effet ici une belle maîtrise, d’autant que son film comporte une rupture très délicate.
Duris, dont on se demande encore pourquoi il fut sélectionné aux César grâce à L’arnacoeur plutôt que ce film-ci, propose une composition sur le fil du rasoir. Il se glisse cette fois dans la peau d’un avocat d’affaires qui, pour employer un cliché, «aurait tout pour être heureux»: une femme (Marina Foïs), des enfants adorables, de bons moyens financiers, un cadre de vie enviable, la reconnaissance, l’appréciation de ses pairs et de sa patronne (Catherine Deneuve, parfaite dans un rôle court, mais marquant).
Une insatisfaction chronique tenaille pourtant cet homme qui aurait voulu être photographe. Le drame couve. Subrepticement. Des mésententes conjugales se pointent. L’épouse prend un amant. Photographe. C’en est trop. Le destin bascule.
«L’homme qui voulait vivre sa vie» n’aura désormais plus d’autre choix que d’être fidèle à lui-même, quitte à aller voir ailleurs s’il y est. Peut-être très loin de sa chic banlieue ouest de Paris en tout cas.
Eric Lartigau a beau manier les styles et les genres, et surprendre à chaque détour au passage, son film reste pourtant d’une belle cohérence d’un bout à l’autre. Parfois drame «typiquement français», parfois sombre thriller, L’homme qui voulait vivre sa vie emprunte de multiples avenues dans lesquelles Romain Duris peut déployer avec subtilité toute la richesse de son jeu. L’intrigue fait aussi écho au fantasme universel de celui qui, par courage ou nécessité, a le cran de tout balancer par-dessus bord pour repartir à zéro. Mais est-ce vraiment possible?
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L’HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE
Drame réalisé par Éric Lartigau. Avec Romain Duris, Marina Foïs, Niels Arestrup, Catherine Deneuve. 1h55.
***1/2