La Presse
J. Edgar Hoover fut sans contredit l’un des hommes les plus puissants des États-Unis. Un grand mystère pèse pourtant autour de lui. Près de 40 ans après sa mort, on tente encore de comprendre comment le fondateur de l’agence FBI a pu façonner à ce point l’état d’esprit de la justice américaine. En 48 années, Hoover fut reconduit dans ses fonctions par huit présidents. Qu’il a fait manger dans sa main. Et même chanter parfois.
On ne s’étonnera pas que Clint Eastwood, qui choisit toujours des thèmes liés à l’américanité, ait voulu fouiller dans le vieux placard passablement encombré de Hoover. Les rumeurs croustillantes entourant la vie de ce « vieux garçon » ayant vécu sous le joug d’une mère omniprésente (formidable Judi Dench) sont notoires. Le scénario de Dustin Lance Black (Milk) y fait écho, mais n’insiste pas trop sur les aspects plus spectaculaires.
Multipliant les allers-retours entre les différentes époques, le récit tente plutôt de circonscrire la personnalité complexe d’un homme dont les propres zones d’ombre – à commencer par son homosexualité réprimée – ont forcément eu un impact dans sa vie publique.
Le personnage étant opaque, Black et Eastwood tentent d’éclaircir le mystère à travers trois personnages clés. Il y a d’abord la mère, qui, soupçonnant les désirs inavouables de son fils, lui tient un discours épouvantablement cruel et homophobe ; la fidèle secrétaire Helen Gandy (formidable Naomi Watts), qui préférera contracter avec lui un mariage professionnel plutôt que personnel ; et son second, Clyde Tolson (Armie Hammer), l’ami intime de qui il est clairement amoureux.
La matière est très riche. Clint Eastwood en tire un film intéressant. Mais on attendait davantage qu’un drame biographique bien appliqué et exsangue, duquel n’émane guère d’émotion.
Au-delà de certains maquillages ratés (celui de Armie Hammer atteint des sommets), il y a aussi lieu de carrément remettre en question la pertinence d’attribuer le rôle de Hoover à Leonardo DiCaprio. Ce dernier n’est pas mauvais, mais il n’investit pas le personnage de l’intérieur. Et n’affiche pas l’autorité naturelle requise. On se surprend à rêver à ce qu’aurait pu offrir un acteur comme Philip Seymour Hoffman.
J. Edgar a bien entendu valeur sociologique et mérite d’être vu. Mais on espérait mieux.
J. EDGAR
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Drame biographique de Clint Eastwood. Avec Leonardo DiCaprio, Armie Hammer, Naomi Watts, Judi Dench. 2h17.