La Presse
Arpentant un registre différent de celui du Vendeur de Sébastien Pilote, Cédric Klapisch puise néanmoins le sel de son histoire dans la même indignation, la même colère. Même si le réalisateur de L'auberge espagnole module son récit sur un ton plus léger, il reste que son nouveau film fait écho à une réalité férocement actuelle.
Si Ma part du gâteau semble relever du cliché au début, avec cette alternance entre les vies des deux protagonistes de l'histoire, Klapisch parvient néanmoins à mener peu à peu son récit vers des avenues moins prévisibles.
La nouvelle lutte des classes est ici représentée par deux personnages. D'un côté, il y a France (Karin Viard), une brave femme, mère de trois filles, qui, toute sa vie durant, a trimé dur à l'usine de Dunkerque pour faire vivre sa famille dans des conditions décentes. Elle ne dispose pas vraiment de moyens financiers, mais affiche un talent pour la famille, la solidarité humaine, le bonheur simple.
De l'autre côté arrive Steve (Gilles Lellouche), un éminent courtier exerçant son instinct de rapace entre Londres et Paris. Ce dernier évolue dans un milieu où l'absence d'empathie et de compassion est gage de qualité et de rendement. C'est d'ailleurs lui qui, du haut de sa tour londonienne, a pris une décision comptable ayant eu pour effet direct la fermeture de l'usine où France a gagné sa vie pendant tant d'années.
Résignée à quitter sa province pour trouver du travail à Paris, France est embauchée pour faire le ménage chez Steve. Au contact de cette femme de coeur, l'ultralibéral sera peut-être enfin remis en phase avec sa propre humanité. C'est du moins ce que dicterait un scénario attendu. Or, Klapisch réserve quelques surprises.
Parsemé d'un beau sens du dialogue, Ma part du gâteau n'évite pas toujours le manichéisme, mais propose en revanche une réflexion intéressante. Et une belle rencontre entre deux acteurs solides. Ce n'est pas tous les jours qu'une comédie romantique se fait aussi militante.
Ma part du gâteau. Comédie sociale de Cédric Klapisch. Avec Karin Viard, Gilles Lellouche, Audrey Lamy. 1h49.