La Presse
Quand les artisans des adaptations cinématographiques des Harry Potter ont annoncé qu’ils sortiraient deux films tirés du dernier roman de J.K. Rowling, les mauvaises langues sont allées bon train : ils voulaient presser le citron en exploitant au maximum le septième chapitre de la série bien-aimée. Ceux qui avaient lu le livre savaient qu’il n’en était rien. Il y avait là assez de matériel pour faire un coup double. La conclusion s’est d’ailleurs imposée à tous, une fois le diptyque consommé.
Il n’en ira pas ainsi pour The Twilight Saga : Breaking Dawn – Part 1 de Bill Condon. Le roman n’est pas assez riche pour justifier sa déclinaison en deux temps et l’opération sent la volonté de faire un coup. Ce sera une réussite en ce sens. En ce sens seulement.
D’autant que le potentiel dramatique des événements survenant dans cette première partie, bizarres et controversés mais acceptés par la frange des fans qui ont aimé (le livre de Stephenie Meyer n’a pas fait l’unanimité, même chez ses lectrices inconditionnelles), n’a pas été exploité. Il est dilué dans d’interminables scènes accompagnées d’une, de deux ou même de trois chansons. Le temps traîne là en longueur.
Ces événements – attention, spoilers pour ceux qui n’ont pas lu les bouquins -, ce sont le mariage de Bella et Edward (Kristen Stewart et Robert Pattinson, à l’aise dans la peau de ces personnages qui collent à la leur depuis quatre ans), la nuit de noces mouvementée dont Bella émerge pleine de bleus (force vampirique de son aimé, oblige), grossesse surprise et possiblement fatale (pro-vie et pro-choix seront interpelés), accouchement spectaculaire d’un hybride vampiro-humain, imprégnation de Jacob (Taylor Lautner, égal à lui-même depuis le deuxième volet de la saga – on achète ou pas) quand il se retrouve en présence de l’enfant nouveau-né… dont il découvre qu’elle est son âme-soeur.
Bref, le bizarre, l’étrange (et le goût douteux, pour plusieurs) sont à l’ordre du jour. Mais, bon, les lectrices, peu importe leur opinion de Breaking Dawn, ne seront pas surprises puisque, comme d’habitude, Melissa Rosenberg signe un scénario qui contient l’essentiel du livre. Quant à Bill Condon, il a dû faire avec une commande pas évidente : réaliser un film dont le contenu aurait pu sentir le soufre mais qui, une fois passé entre les mains des comités déterminant le classement des longs métrages, devait être accessible aux (jeunes) fans.
On ne peut qu’imaginer ce qu’un des deux David, Cronenberg ou Lynch, libre d’entraves, aurait pu tirer d’une telle combinaison de faits tordus. Mais c’est une autre histoire. Un autre film. Et ce ne serait certainement pas Twilight – dont cet avant-dernier volet offre des images léchées et, pour certaines, très romantiques; quelques effets spéciaux réussis mais bien peu de viande. On cherche le pouls du récit. En vain.
THE TWILIGHT SAGA: BREAKING DAWN – PART 1 (V.F.: LA SAGA TWILIGHT: RÉVÉLATION – PARTIE 1)
Drame fantastique de Bill Condon. Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner. 1h57
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