Le vendredi 2 décembre 2011
L'exercice de l'État: un jeu politique fascinant
La Presse
Le cinéma s’intéresse beaucoup au jeu politique ces temps-ci. Seulement en France, des films comme La conquête (Xavier Durringer) ou Pater (Alain Cavalier) ont voulu en démonter les mécanismes. Au tour de Pierre Schoeller (Versailles) de s’intéresser à ceux qui ont la tâche de faire fonctionner la machine gouvernementale.
Avec L’exercice de l’État, l’auteur cinéaste propose un portrait fascinant et inédit. Dès la première séquence, qui trouble et déconcerte à la fois, Schoeller frappe notre imagination avec une scène très forte, métaphore du caractère érotique que d’aucuns confèrent d’emblée à l’exercice du pouvoir. Son film sera d’ailleurs parsemé de scènes oniriques décrivant l’état d’esprit dans lequel se trouve le protagoniste de l’histoire. La trame musicale, non conventionnelle, vient aussi semer le désordre dans cet univers ô combien policé. Et joue un peu le même rôle que dans Il divo, l’excellent film de Paolo Sorrentino.
Dans ce long métrage qui ravira particulièrement ceux qui s’intéressent à la politique française, le toujours remarquable Olivier Gourmet prête ses traits au ministre des Transports Bertrand Saint-Jean. Le récit l’attrape au moment où ce dernier reçoit un coup de fil en pleine nuit l’avisant d’un grave accident de la route ayant fait plusieurs victimes. Il doit se rendre sur le lieu de l’accident. L’état-major se met en place. Schoeller évoque le déchirement intérieur d’un homme qui est « dans la vie » tout en n’y étant pas vraiment.
Là se situe d’ailleurs la force du scénario. Schoeller parvient en effet à nous entraîner dans un monde parallèle, à l’intérieur duquel le pouvoir s’exerce. Les discussions de haut vol que le ministre entretient avec les gens de son entourage sont édifiantes. Deux conceptions différentes sont exposées. L’une, plus sanguine, est incarnée par le ministre ; l’autre, plus cérébrale, est élaborée par son chef de cabinet (Michel Blanc, très sobre). Cette complémentarité a toujours bien servi les deux hommes. Mais jusqu’à quand ?
Même si on peut trouver son approche un brin austère, on ne peut que s’incliner devant la maîtrise qu’affiche Pierre Schoeller, tant dans son propos que dans sa réalisation.
L’EXERCICE DE L’ÉTAT
*** 1/2
Comédie dramatique réalisée par Pierre Schoeller. Avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman. Durée : 1 h 50.