Le jeudi 8 décembre 2011
The Artist: le silence est d’or
La Presse
En principe, The Artist devrait participer à la prochaine course aux Oscars dans les catégories de pointe.
Le succès critique et public est tel que plusieurs observateurs se demandent aujourd’hui pourquoi personne n’avait eu l’idée d’un film comme celui-là auparavant. Or, l’idée d’un projet de long métrage muet, en noir et blanc, rendant hommage à une époque révolue de l’histoire du cinéma, reste extrêmement périlleuse. D’autant que les expériences précédentes se sont soldées par des échecs cuisants. Il y a 12 ans, Aki Kaurismäki (Le Havre) s’était en outre cassé les dents sur Juha, un exercice de style similaire, sur le plan formel, à celui que propose Michel Hazanavicius avec The Artist.
Cette fois, la réussite du film est à la hauteur du pari – très casse-gueule – que s’est lancé le réalisateur des comédies OSS 117. Elle tient aussi sans doute à ces multiples références au premier âge d’or du cinéma hollywoodien, tout autant qu’au charme d’interprètes qui s’amusent comme larrons en foire.
Campé à la fin des années 20 dans la capitale mondiale du cinéma, le récit évoque celui de Singin’ in the Rain. On y décrit le parcours d’une star du cinéma muet qui sombrera dans l’oubli presque du jour au lendemain quand arrivent les films parlants. George Valentin (Jean Dujardin) doit de surcroît assister à l’ascension fulgurante de la jeune starlette Peppy Miller (Bérénice Bejo), nouvelle coqueluche du tout Hollywood.
La comédie n’hésite pas à fleurer le mélo. Hazanavicius assume totalement le genre en abordant son histoire au premier degré, sans dérision. Il émane ainsi de The Artist une sincérité irrésistible. Et un amour indéfectible du cinéma.
À l’heure où l’on attire les foules dans les salles avec des superproductions tonitruantes truffées d’effets spéciaux, il est quand même fascinant de constater qu’une oeuvre comme The Artist puisse exister d’aussi brillante façon. Au-delà de l’exercice de style, et du pari esthétique qui en découle (fort bien relevé), ce film délicieusement anachronique emprunte les allures d’une expérience ludique.
Même si le récit s’étire parfois un peu, notamment en passant par une histoire d’amour obligée, The Artist captive l’attention d’un bout à l’autre. Les deux interprètes principaux emportent en effet la mise en proposant de remarquables compositions. Bérénice Bejo, magnifique, affiche un entrain communicatif. De son côté, Jean Dujardin n’a certes pas volé le prix d’interprétation que le jury du Festival de Cannes lui a attribué plus tôt cette année. Alliant la grâce de Gene Kelly et le charisme de Douglas Fairbanks, l’acteur étonne autant qu’il séduit.
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THE ARTIST ****
Comédie dramatique réalisée par Michel Hazanavicius.
Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman.
1h40.