Le samedi 24 décembre 2011
War Horse: touchante odyssée équestre
La Presse
Le roman à succès de Michael Murpugo, publié en 1982 et devenu une pièce de théâtre couronnée de prix, possède tout ce qu'il faut pour qu'un Steven Spielberg le fasse sien. Une jeune personne vivant dans une bulle, une amitié intense entre une créature non humaine et lui, un regard sans complaisance sur la cruauté et la stupidité des conflits armés.
Bref, il y a du E.T. comme du Saving Private Ryan dans ce War Horse qui prend l'affiche demain.
Le film suit le destin de Joey, un cheval élevé par Albert Narracott (Jeremy Irvine, excellent nouveau venu) dans la campagne anglaise. Ils sont tous trois (l'animal, le jeune homme et le paysage) d'une beauté à couper le souffle. La laideur, l'horreur, n'est pourtant pas loin: nous sommes en 1914, hommes et animaux sont envoyés au front, dans le Nord de la France. C'est ainsi que Joey traverse la Manche. Passera de propriétaire en propriétaire. Ils seront Anglais, Français, Allemands. Ils le chevaucheront devant les mitrailleuses, ils le traiteront en esclave pour tirer les canons. Plusieurs l'aimeront, d'autres ne verront en lui qu'une bête de trait. Ou de la viande de boucherie.
Michael Morpurgo a écrit un roman jeunesse relatant la guerre à travers le point de vue de Joey. Le cheval. Il y a donc une espèce de naïveté dans le récit. Une objectivité du simple. Steven Spielberg et ses scénaristes (Lee Hall et Richard Curtis) ont conservé cette candeur, en posant toutefois un regard extérieur sur les événements.
Une cohabitation qui est le principal problème de War Horse: cette puérilité qui côtoie des scènes de guerre hyper réalistes. Et qui, si elles ne sont pas aussi sanglantes que celles de Saving Private Ryan (simplement parce que les armes du temps n'étaient pas aussi... sophistiquées), n'en sont pas moins choquantes. Les cavaliers anglais armés de sabres se retrouvant face à un mur de mitraillettes allemandes, le gaz envahissant les tranchées, le cheval emballé qui rue et hennit dans les barbelés du no man's land, les soldats à peine adolescents fusillés pour avoir tenté de déserter: ces images marquent au fer rouge. Et font que ce film familial risque de troubler les plus jeunes.
Car, si John Williams y va un peu trop pompier en matière de trame sonore; que, pour des raisons commerciales, tout le monde parle anglais; et que l'une des étapes de l'odyssée de Joey aurait pu être coupée afin d'éviter le sentiment de répétition et de ramener le film à moins de deux heures; les images de Janusz Kaminski sont sublimes, dans la beauté comme dans l'horreur, et le jeu de tous les acteurs, même dans les rôles secondaires, est d'une grande justesse.
Le résultat est sincère et touchant, assume son côté mélodramatique, porte un regard universel sur un conflit plus rarement vu à l'écran - et, ainsi, plus oublié. Pourtant...