Le jeudi 19 janvier 2012
Extremely Loud and Incredibly Close: les Limbes, clé en main
Extrêmement fort et incroyablement près
|
Aleksi K. Lepage |
La Presse
Les romans «sur fond de 11 septembre» n’ont pas fini de pleuvoir, et bien courageux celui qui voudrait en faire le tri en vue d’un catalogue commenté. Vrai que les attentats et leurs répercussions directes ou indirectes dans nos vies ont de quoi titiller l’imagination des écrivains.
De tous ces bouquins, le best-seller Extremely Loud and Incredibly Close de Jonathan Safran Foer figure parmi les plus chaleureusement accueillis. On laissera aux lecteurs et lectrices de Foer l’embarras de trancher à savoir si la transposition de l’écrit à l’écran relève le défi. Nous ne nous attarderons qu’au film comme tel.
Le jeune Oskar (Thomas Horn), enfant à l’imagination envahissante, surdoué, obsessionnel et hypersensible, de ceux qu’on range aujourd’hui parmi les autistes souffrant du syndrome d’Asperger, s’arrange à sa manière avec l’expérience du deuil: Son père (Tom Hanks, en flash-back) est mort dans l’effondrement des tours jumelles.
Tâchant de garder contact avec le défunt, de manière naïve et symbolique, le garçon s’inventera une énigme à résoudre. Façon pour lui de concéder un peu de signification et un peu de logique à ce qui n’en a pas. Façon aussi de s’éloigner de sa mère (Sandra Bullock) psychologiquement abattue. Le père aura laissé une mystérieuse clé dans ses affaires remisées. Oskar, l’ayant dénichée au hasard d’une fouille, voudra trouver la serrure correspondante, si une telle chose existe, et mènera une minutieuse enquête.
Seul d’abord dans cette quête désespérée, Oskar s’entichera d’un vieillard aphone (Max von Sydow), homme au passé qu’on devine lourd et trouble et qui tour à tour tiendra lieu de papa de remplacement, d’ami, de guide. Quête absurde, mais au bout du compte porteuse de sens.
Comme long métrage seulement, détaché de son modèle littéraire, Extremely Loud... fonctionne comme un récit d’apprentissage ou un conte initiatique, supérieurement intelligent et soigné, mais trop souvent beurré de mélo pour rien.
Le cinéaste Stephen Daldry connaît les ficelles qui font jaillir la source des pleurs (The Hours, The Reader) et n’hésite pas à tirer dessus, s’ensuivant de soudaines explosions d’émotion, accès soulignés par les mélancoliques envolées de piano du compositeur Alexandre Desplat et par une narration du jeune héros qui paraît appuyée et superflue.
Comme si le spectateur n’avait pas tout bien assimilé et que l’image ne valait pas, comme il se devrait, mille mots. Chapeau bas au jeune acteur Thomas Horn, omniprésent, qui se démène sans misère avec le rôle, des plus difficiles, d’un personnage tout aussi attachant qu’insupportable.
_______________________________
Extremely Loud and Incredibly Close ***
Drame de Stephen Daldry
Avec Thomas Horn, Max von Sydow, Tom Hanks
2h09