La Presse
Ils sont bavards, les hommes de peu de mots que sont censés être ceux qui peuplent The Grey. Et ils sont «victimes» de trop nombreuses incohérences pour que l'on adhère complètement à leur drame.
Dommage, car il y avait une idée «jack-londonienne» intéressante dans le film de Joe Carnahan. Lequel a opté pour un ton rappelant plus celui de Narc que celui de The A-Team: nous sommes dans une histoire réaliste et dure, où les hommes s'allient et s'affrontent - ici, contre une nature implacable superbement filmée «sur les lieux»; et une bande de loups, elle, moins convaincante.
The Grey, donc, c'est l'histoire de durs à cuire qui se rendent en Alaska, où ils travaillent pour une compagnie pétrolière. Leur avion s'écrase. La demi-douzaine de survivants doit faire face au froid cuisant et à une meute de loups.
Celui qui prend la tête du clan des humains (Liam Neeson, sobre et brisé) est un chasseur engagé pour tuer les loups menaçant le chantier. Quelques heures avant le décollage, il songeait à se suicider. Il a perdu la femme de sa vie, que l'on rencontre grâce à des retours en arrière poético-gnangnan. Mais face au danger, il décide de se battre. Et devient le mâle alpha d'un groupe dont les membres tentent avec plus ou moins de succès de faire éclore une personnalité sous les couches de vêtements.
S'impose alors, avec lourdeur, le parallèle entre les deux meutes, l'animale et l'humaine. Lourdeur amplifiée par le fait que, si les animaux agissent, les hommes, eux, parlent sans arrêt - pas des façons de se sortir du pétrin, mais plutôt de la nature de la vie et de Dieu, des regrets et des remords. Ajoutons à ça quelques maladresses scénaristiques - se sachant en territoire lupin, notre chasseur ne part pourtant pas à la recherche de son fusil, qu'il trouve par hasard, plus tard -, un punch «sentimental» d'une faiblesse risible, et des loups qui sentent l'effet spécial bon marché.
Résultat: un long métrage bancal. Qu'il faut toutefois, pour en connaître la conclusion, consommer jusqu'à la dernière goutte. Laquelle se trouve après le générique.
Peur grise. Thriller de Joe Carnahan. Avec Liam Neeson, Dermot Mulroney, Dallas Robert. 1h57.