La Presse
En turc, miel se dit «bal» et sang, «kan». Là se trouverait l'origine du nom de la région des Balkans. Là se trouve l'origine du titre du premier film écrit et réalisé par Angelina Jolie, In the Land of Blood and Honey. Un long métrage où le sang est plus présent que le miel, ce drame de guerre traçant un portrait oppressant et douloureux - bien que par moments très didactique - du conflit qui a ravagé la Bosnie-Herzégovine dans les années 90.
Un long métrage qu'il est bien sûr difficile de regarder sans qu'il soit teinté par l'aura de la star. Impossible toutefois d'en nier l'honnêteté. On peut (trop) sentir le désir d'expliquer, d'exposer, d'attester. Pas celui de manipuler. Ni celui de prendre parti. Encore moins celui de se mettre de l'avant. Il n'y a pas, ici, de fierté mal placée.
Tourné dans la langue maternelle de ses acteurs - puis en anglais - In the Land of Blood and Honey s'ouvre dans une boîte de nuit, en 1992. Ajla (Zana Marjanovic) est une artiste bosniaque musulmane. Danijel (Goran Kostic) est un policier bosniaque serbe. Ils sont aux balbutiements d'une relation amoureuse. Ils sont dans les bras l'un de l'autre quand la bombe explose. Quelques mois plus tard, Danijel sert dans l'armée serbe, sous les ordres de son père (Rade Serbedzija) qui y est général. Ajla, elle, est enfermée dans un camp - où, comme les autres femmes, elle sera battue et violée.
Un film cru et brut
Le scénario capte le chaos immédiat. L'incrédulité qui suit. Puis, les horreurs. La spirale de violence qui entraîne tout et tous. Et, ici, se termine sur un troisième acte qui traîne et se cherche; bref, moins maîtrisé que les précédents qui surprennent de la part d'une scénariste et réalisatrice qui en est à ses premières armes. Le fait d'avoir grandi sur les plateaux peut avoir aidé. La présence d'un compositeur comme Gabriel Yared et d'un directeur photo tel Dean Semler parmi ses relations n'a certainement pas nui.
In the Land of Blood and Honey, qui met en vedette des acteurs inconnus du plus grand nombre, mais très crédibles, n'est pas une superproduction hollywoodienne léchée et formatée comme celles où Angelina Jolie tient la vedette. C'est un film à budget modeste qui est le résultat d'un travail de recherche consciencieux, d'un désir de secouer. Et il secoue par ses tableaux puissants, dérangeants. La première scène de viol, où le crime s'affiche, sans flafla mais avec une crudité glaciale, comme étant un instrument de guerre, est d'une dureté à peine tenable.
Et ce moment où les femmes sont obligées de se dévêtir et de danser devant leurs bourreaux provoque un profond malaise.
C'était le but. Beau travail signé Jolie.
In the Land of Blood and Honey. Drame d'Angelina Jolie. Avec Zana Marjanovic, Goran Kostic, Rade Serbedzila, Vanesa Glodjo. 2h07.