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Aleksi K. Lepage (collaboration spéciale) |
La Presse
Voici un film d'épouvante «classique», pour ne pas dire classieux, marqué du sceau de qualité Hammer Film Productions, cette firme britannique en activité depuis les années 30 qui s'est fait connaître par son cinéma fantastique et qui suit, parfois avec misère, le difficile passage des tendances (on lui doit, entre autres, tous ces merveilleux Dracula avec Christopher Lee).
Inspiré d'un roman de Susan Hill, The Woman in Black raconte, de manière parfaitement linéaire, une histoire de fantômes tout à fait traditionnelle, ni simpliste, ni alambiquée, d'un sérieux aussi glacial et pétrifié que cette Dame en noir venue d'entre les morts pour accomplir sa vengeance (qui sera terrible, vraiment).
À l'aube du XXe siècle, dans les vastes et grises campagnes de l'Angleterre, Arthur, jeune notaire venu de Londres (Daniel Radcliffe), est chargé de régler des comptes à propos d'une vieille demeure abandonnée. Un lourd climat de frayeur latente règne au village; les habitants, peu affables, laissent comprendre par leur attitude de méfiance qu'il vaut mieux ne pas s'attarder en ces terres. Et surtout ne pas rôder près de cette maison diabolique. Arthur, déjà profondément atteint par la mort tragique de sa femme, s'aventurera seul dans le manoir grouillant d'esprits tourmentés.
Ramenant à une certaine façon de faire joliment passée de mode, The Woman in Black se tient bien loin de ce cinéma horrifique dit postmoderne (ces maudites mises en abîme saturées de références) ou de ces films ultraviolents qui, à de brillantes exceptions près, rabaissent le genre au bas étage de la porno.
C'est en somme de l'horreur chic et de bon ton, façon The Ring ou The Grudge ou certains films de Shyamalan, pour les effets d'effroi. Bref, de l'horreur présentable, voire «pour toute la famille», majestueusement mise en images et en musique, et dévoilant ses moments-chocs avec méthode et parcimonie.
Mais les habitués pourront aussi se lasser assez vite des incessants va-et-vient de Daniel Radcliffe, l'air hagard et pénétré; Daniel Radcliffe, regard atterré, ressassant ses tourments intérieurs; Daniel Radcliffe, seul, passant de chambre maudite en pièce lugubre; Daniel Radcliffe montant et descendant les escaliers, en quête de spectres cachés dont il ne s'agit plus que d'anticiper l'apparition nécessairement soudaine.
The Woman in Black. Drame d'horreur de James Watkins. Avec Daniel Radcliffe, Janet McTeer, Ciaran Hinds. 1h35.