La Presse
À l’occasion de grands rassemblements, on court, on marche, on rame, on monte à cheval, on saute en parachute afin d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer du sein.
L’industrie du ruban rose, documentaire de la Québécoise Léa Pool qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, ne met pas en doute la sincérité et le dévouement de toutes ces femmes qui s’activent au profit d’œuvres caritatives. Mais il donne la parole à d’autres, qui remettent en question le bien-fondé de toutes ces campagnes drapées de rose.
Léa Pool, que l’on associe davantage à la fiction (Maman est chez le coiffeur), a consacré trois ans à ce film percutant et courageux, qui s’intéresse à « l’industrie » caritative et philanthropique entourant la lutte contre le cancer du sein.
L’industrie du ruban rose, documentaire fascinant et déstabilisant, produit (en anglais) par l’Office national du film, pose plusieurs questions pertinentes (Où vont les millions amassés ? À quoi servent-ils ?) et n’hésite pas à dénoncer les entreprises qui profitent de cette « bonne cause » chérie des campagnes de marketing social.
Le film a été inspiré par l’ouvrage de Samantha King, Pink Ribbons, Inc : Breast Cancer and the Politics of Philantropy, qui dénonce la « tyrannie de la bonne humeur » entourant la lutte contre le cancer du sein ainsi que l’absence de regard critique envers les entreprises qui s’associent à la « cause ».
Un film engagé
Léa Pool a rencontré de nombreuses participantes canadiennes et américaines à des événements caritatifs ou spécialistes du cancer du sein, comme la chirurgienne Susan Love, qui trouve que l’on minimise les effets de la maladie et se désole que l’on n’affecte pas davantage d’argent à la recherche sur les causes du cancer (seulement 5 % des sommes).
La cinéaste ne s’est pas contentée d’interviewer les détracteurs du symbole fort qu’est le ruban rose. Elle a aussi rencontré Nancy Brinker, fondatrice de la Fondation Susan G. Komen, qui amasse annuellement des dizaines de millions de dollars pour la recherche sur le cancer du sein, et qui fait valoir qu’il n’y aura jamais assez de rubans roses pour mobiliser et sensibiliser le public à cette maladie.
Elle a beau montrer les deux côtés de la médaille, Léa Pool a réalisé un film engagé. Sa démarche n’est pas dénuée d’indignation. On serait indigné à moins. Son film ne saurait en revanche être taxé de mauvaise foi.
C’est un film qui dénonce l’opportunisme et l’hypocrisie d’entreprises qui profitent de la lutte contre le cancer du sein pour mieux se mettre en valeur. Et qui fait état de recherches troublantes sur des multinationales qui investissent à la fois dans la recherche contre le cancer... et dans des produits réputés cancérigènes, comme les hormones de croissance bovines. Un film qui dérange. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.
L’industrie du ruban rose
***1/2
Documentaire de Léa Pool. 1 h 38.