Le vendredi 3 février 2012
La fille du puisatier: drame à l'ancienne
La Presse
Montréal
Courage ou opportunisme? Probablement un mélange des deux. Pour sa première réalisation, Daniel Auteuil ose en effet s'attaquer à l'un des classiques de Marcel Pagnol, tourné en 1940, dont les têtes d'affiche étaient Raimu et Fernandel.
On ne peut toutefois s'empêcher de voir dans le choix de l'acteur cinéaste un brin d'opportunisme. En revisitant l'oeuvre de Pagnol, Auteuil retrouve aussi l'univers dans lequel il a campé son rôle le plus célèbre. Le talent dramatique du comédien fut en effet reconnu grâce au diptyque Jean de Florette/Manon des Sources, réalisé il y a 25 ans par le regretté Claude Berri.
Proposant une réalisation appliquée, le célèbre interprète d'Ugolin utilise à bon escient le matériau dont il dispose. L'histoire au coeur de La fille du puisatier, reconnaissons-le, est d'une redoutable efficacité. Et est racontée de surcroît dans la langue ensoleillée du chantre du Midi.
S'inscrivant dans la plus pure tradition du mélodrame, le récit relate les tensions entre deux familles de classes différentes, unies par les amours de deux des leurs. Patricia (Astrid), fille d'un puisatier veuf, tombe amoureuse de Jacques (Nicolas Duvauchelle), fils d'un commerçant fortuné. Au mépris de la future belle-famille, qui voit d'un très mauvais oeil les fréquentations du jeune homme avec une fille issue d'un milieu aussi modeste, s'ajoute le drame de l'absence. La guerre ayant éclaté, Jacques est parti au front, non sans avoir laissé sa dulcinée enceinte. Le récit s'attarde dès lors au combat que mène le père de la jeune femme (Daniel Auteuil) afin de retrouver honneur et dignité auprès des parents du fiancé (Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin).
Pour peu qu'on apprécie le cinéma français «à l'ancienne», La fille du puisatier révèle de belles qualités. On pourra parfois trouver la note un peu forcée du côté des accents, mais la distribution reste de tout premier ordre. Sans se démarquer de façon spectaculaire sur le plan de la réalisation, Daniel Auteuil offre ici un film honnête.
Mais était-ce vraiment utile de se lancer dans une adaptation forcément décalée par rapport à notre époque, alors que le film original, lui, était bien en phase avec la sienne?
Drame réalisé par Daniel Auteuil. Avec Daniel Auteuil, Kad Merad, Astrid Bergès-Frisbey, Sabine Azéma. 1h47.