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Philippe Renaud (collaboration spéciale) |
La Presse
L'actrice britannique Tilda Swinton (Edward II, The Deep End) porte sur ses épaules cette production anglo-américaine bipolaire - une première moitié évoluant comme un drame psychologique, la seconde comme un thriller.
We Need to Talk About Kevin dérange mais déçoit par une finale qui laisse beaucoup de questions sans réponse.
Les premières images montrent Eva, une auteure spécialisée dans le tourisme, participant à la Tomatina, cette immense bataille de tomates mûres qui se déroule dans les rues de Buñol, en Espagne. On fait tout de suite le lien entre le jus rouge du fruit et la couleur du sang, thème récurrent de la première moitié de ce récit fragmenté qui demande au spectateur de remettre en place les pièces d'un casse-tête fait de flashbacks (indice: fiez-vous à la coupe de cheveux de Swinton).
Au bout d'une cinquantaine de minutes d'un récit intriguant et de scènes bellement filmées (caméra nerveuse, lumière et couleurs saturées), l'histoire pourtant est déjà toute tracée: Eva et son mari Franklin (John C. Reilly, qu'on voit peu dans des rôles sérieux) ont un enfant, Kevin, incarné par un trio d'acteurs à différentes époques du récit. Et Kevin, dès sa tendre enfance, est détestable. Particulièrement avec sa mère. On comprend aussi très vite que le parcours de Kevin le mènera à la tragédie, puis à un procès médiatisé, d'où l'opprobre que vit Eva dans sa communauté.
Or, on ne cherche pas à expliquer le geste de Kevin ni l'attitude générale du garçon. Il est, dès sa naissance, tout simplement méchant et sournois. Unidimentionnellement méchant. Caricatural comme Damien de The Omen, mais dans un contexte semblable à celui d'Elephant (Gus Van Sant, 2003) ou du plus récent Beautiful Boy (Shawn Ku, 2010).
Ce faisant, on passe la dernière moitié du film à remettre dans le puzzle les pièces étalées dans la première partie, sans qu'il y ait de révélation nouvelle ou de revirement lumineux. À moins que tout se résume au titre... Car, malgré les coups de Kevin, jamais le couple ne s'assoira pour discuter sérieusement des problèmes de son fils.
Tilda Swinton, poignante dans l'oppression et l'inquiétude, semble ainsi aussi estomaquée que nous, spectateurs, par toute cette haine absolument gratuite.
We Need to Talk About Kevin. Drame psychologique/suspense, de Lynne Ramsay. Avec Tilda Swinton, Ezra Miller, John C.Reilly 1h52.