La Presse
Même quand il n'est pas au départ d'un projet, c'est le cas avec Impardonnables, André Téchiné parvient toujours à imprimer sa marque. À vrai dire, il construit depuis plus de 35 ans un univers qui lui est propre.
S'intéressant surtout aux dérives sentimentales de ses protagonistes, peu importe le contexte dans lequel celles-ci se cristallisent, le réalisateur des Roseaux sauvages creuse à peu près toujours le même sillon, parfois avec éclat (Rendez-vous, Ma saison préférée, Les témoins), non sans éviter quelques faux pas non plus (La fille du RER).
>>>>La critique vidéo de Marc-André Lussier.
Un peu trop de tout
Téchiné a sans doute dû trouver dans le roman de Philippe Djian, dont il signe l'adaptation, des affinités avec sa sensibilité de cinéaste. D'autant que la matière était riche. L'histoire sentimentale un peu singulière mise à l'avant-plan décline en effet aussi une intrigue de film noir, genre avec lequel le cinéaste du Lieu du crime a bien aimé flirter de temps à autre. Ce récit prête aussi flanc à de belles envolées romanesques.
Or, il y a un peu trop de tout dans Impardonnables. Au point même où le spectateur peut difficilement s'intéresser aux imbroglios dans lesquels les personnages sont coincés.
Tout avait commencé de bien belle façon pourtant. La rencontre entre cet écrivain en panne d'inspiration et la directrice d'une agence immobilière d'origine française installée à Venise était aussi intrigante que prometteuse.
Intrigante parce que d'abord jetée d'emblée sur des bases inhabituelles. Subjugué par la beauté de Judith (Carole Bouquet), Francis (André Dussollier) va offrir à cette dernière un marché plutôt inattendu. Il acceptera de louer la maison isolée qu'elle lui fait visiter à la seule condition qu'elle consente à aller vivre avec lui.
Le marché conclu et les saisons passant, la situation se complique le jour où débarque à son tour la fille de Francis (Mélanie Thierry). Qui fugue mystérieusement. Dès lors s'installe une intrigue cousue de fil blanc, où trafic de drogue, maladie, anciennes amours et filatures s'entremêlent maladroitement dans les dédales vénitiens. Les personnages - particulièrement les deux principaux - en viennent à perdre leur vérité. On saluera quand même la volonté très nette du cinéaste d'éviter les clichés et de proscrire les images de cartes postales attendues.
Accueilli plutôt sèchement à sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes l'an dernier, Impardonnables offre à tout le moins l'occasion à Carole Bouquet et André Dussollier de faire une entrée remarquée dans l'univers téchinien. Dommage que ce film ne soit pas à marquer d'une pierre blanche dans la filmographie de l'estimé cinéaste.
Impardonnables. Drame réalisé par André Téchiné. Avec André Dussollier, Carole Bouquet, Mélanie Thierry, Adriana Asti. 1h51.