La Presse
Ghibli est au Japon ce que Pixar est aux États-Unis. On attend beaucoup de ces studios et, quand l'un d'eux nous offre... disons, un Cars 2, la déception est plus grande que si la même chose émanait d'une boîte.
Ainsi, sans être un échec à la manière du dernier film de John Lasseter, The Secret World of Arrietty - que Hayao Miyazaki a coscénarisé avant d'en confier la réalisation à l'un de ses élèves les plus doués, Hiromasa Yonebayashi - n'est pas à la hauteur des oeuvres portant la signature du grand maître (Princess Mononoke, Spirited Away et autres Castle in the Sky): si l'animation est merveilleuse, l'intrigue, elle, est extrêmement mince.
Or, même dans leurs longs métrages destinés aux plus jeunes (Ponyo, My Neighbor Totoro ou Kiki's Delivery Service), Ghibli et Miyazaki nous ont habitués à plus de richesse et de profondeur.
Inspiré de The Borrowers, roman de Mary Norton publié en 1952 et qui a fait l'objet de quelques adaptations pour la télévision et le cinéma, The Secret World of Arrietty suit une jeune «chapardeuse» de 14 ans. Elle vit avec son père et sa mère, sous le plancher d'une maison de campagne située à l'extérieur de Tokyo. Ces créatures minuscules sortent discrètement, de préférence la nuit venue, et subtilisent aux humains ce qui est nécessaire à leur (sur)vie. Un cube de sucre, une feuille de papier-mouchoir, une épingle (qui devient épée), etc.
Bref, la discrétion est de mise. Mais un jour, Sho, un garçon malade invité à se reposer dans la grande demeure, aperçoit Arrietty. Ils ont le même âge. L'amitié est-elle possible entre eux? En se révélant à lui, l'adolescente mettra-t-elle en danger le petit peuple? On devine que oui. Mais, aussi, que l'amitié triomphera.
Le point fort du long métrage, on l'a dit, est l'animation. Elle est en 2D et faite main. Elle est d'une poésie et d'une beauté extrêmes. Les couleurs vibrantes du jardin, les gouttes de pluie qui deviennent énormes et «épaisses» lorsque «subies» par la petite Arrietty, les prises de vue dignes d'une cathédrale lorsque la caméra prend le point de vue des «chapardeurs», le soin apporté aux détails: tout cela est à couper le souffle.
Malheureusement, le souffle est aussi ce qui manque au récit. Le rythme est poussif. L'intrigue est mince. Ce qui l'est moins, c'est la trame sonore, omniprésente et qui semble avoir été écrite pour un autre film, lui, bien américain.
Peut-être est-ce l'apport de Gary Rydstrom, «réalisateur» de la version anglophone du long métrage. Résultat: il manque à Arrietty le supplément d'âme d'un Miyazaki.
The Secret World of Arrietty. Film d'animation de Hiromasa Yonebayashi. 1h34