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Philippe Renaud (collaboration spéciale) |
La Presse
Après avoir fondé dans les années 80 Ondinook, la première compagnie théâtrale amérindienne, l'acteur, écrivain et dramaturge Yves Sioui Durand abat à nouveau les frontières en réalisant Mesnak, le premier long-métrage autochtone tourné en langue française. Du théâtre au cinéma, cependant, il y a un pas que le nouveau réalisateur a du mal à franchir.
Un des problèmes du film saute aux yeux dès les premières minutes de ce drame existentialiste : la qualité du jeu de la distribution n'est, disons-le élégamment, pas à la hauteur.
À moins que ce ne soit une question de direction d'acteurs? On a trop souvent l'impression d'être au (mauvais) théâtre devant ces textes déclamés, pas très sentis, peu convainquants. Les situations paraissent rigides, les acteurs coincés dans leurs répliques. Heureusement, le duo principal du film formé de Dave (Victor Andrès Trelles Turgeon), amérindien de Montréal à la recherche de sa mère biologique, et d'Osalic (Ève Ringuette), résidente de la communauté (fictive) de Kinogamish, se tire bien d'affaire dans les circonstances.
Les circonstances, ici, sont dictées par un scénario d'une rare incohérence, farci de trous, de raccords hasardeux. Soyons honnêtes, ce film est psychotronique. Maladroit au possible. Par magnanimité, on dira que le réalisateur a manqué son coup en voulant insuffler une poésie à son récit, mais le résultat est tel que les scènes les plus dramatiques sont absurdes : quand Dave voit enfin sa mère pour la première fois, ils s'embrassent longuement et gouluement, avant qu'elle se lève de sa stupeur éthilique pour lui tirer une bouteille de champagne par la tête.
Tout ça est évidemment dommage, d'autant qu'on ressent malgré tout le désir du réalisateur de vouloir brasser les idées reçues autour des communautés autochtones, voire à provoquer le débat. Or, il en a sans doute un peu trop mis pour pouvoir faire une histoire fluide : consommation de drogue, abus d'alcool, inceste, perte de contact avec les traditions, respect de la nature, cohabitation avec l'industrie forestière, etc... À vouloir tout aborder de front dans un seul film, on finit par perdre de vue qu'il faut juste une bonne histoire pour garder le spectateur intéressé.
MESNAK. Drame de Yves Sioui Durand avec Victor Andrès Trelles Turgeon, Ève Ringuette, Marco Collin. 96 minutes.