La Presse
Au Festival de Toronto, où il a été présenté en première mondiale, les détracteurs du nouveau film de Shekhar Kapur étaient franchement plus nombreux que ses supporters. Quand on analyse Elizabeth - The Golden Age de façon rationnelle, il est vrai que ce drame passe difficilement la rampe sur le plan de la rigueur historique. Là n'est pourtant pas l'intérêt.
Ce deuxième volet d'une «possible» trilogie, amorcée avec Elizabeth il y a neuf ans, constitue en effet plutôt une fable. Dont l'aspect foncièrement moderne traduit une volonté d'aborder des thématiques résolument contemporaines. Inspiré par les grandes lignes de l'Histoire, le récit met ainsi en relief des préoccupations avec lesquelles le spectateur pourra évidemment établir des liens, notamment sur le plan politique.
Tourments intérieurs
Au moment où ce deuxième chapitre commence, en 1585, Élisabeth règne sur l'Angleterre depuis 27 ans. En principe, la souveraine devrait être âgée de 52 ans. Cate Blanchett, qui porte le film à bout de bras, lui donne d'emblée l'allure d'une femme beaucoup plus jeune. Et amoureuse.
Le scénario, écrit par William Nicholson et Michael Hirst (ce dernier avait aussi écrit le scénario du premier volet), s'attarde principalement aux tourments intérieurs d'une femme qui, en raison des pouvoirs dont elle dispose, ne peut se laisser guider par ses sentiments.
Or, Élisabeth en pince pour le beau Walter Raleigh (Clive Owen), un navigateur qui revient tout juste du Nouveau Monde après avoir nommé là-bas un territoire «Virginie» en l'honneur de la souveraine.
Cette dernière tente ainsi de profiter avec lui de tous ces petits moments qui, à ses yeux, pourraient emprunter la forme d'un semblant d'intimité. Quand elle apprend que son accompagnatrice favorite, la jeune Bess (Abbie Cornish), développe de son côté une véritable relation sentimentale avec Raleigh, Élisabeth voit rouge.
Cette «trahison» personnelle tombe d'autant plus mal que le pays - tout autant qu'elle - doit aussi affronter de sérieuses menaces. En Espagne, le roi Philippe II a notamment le dessein d'envoyer une puissante offensive afin de renverser le régime anglais, histoire de permettre à une reine catholique d'accéder au trône, une dénommée Marie Stuart...
Film flamboyant
Fidèle à sa démarche, le cinéaste Shekhar Kapur propose ici un film flamboyant, riche d'envolées romanesques. S'il est clair que les personnages n'ont de réaliste que le nom de ceux de qui ils sont inspirés (Clive Owen donne à son aventurier des allures de héros de cinéma), les acteurs parviennent en revanche à donner un caractère authentique à cette histoire.
Par exemple, la courte scène de l'exécution de Marie Stuart (interprétée par la remarquable Samantha Morton) constitue un moment de cinéma très fort.
Une fois de plus, Cate Blanchett offre une performance exceptionnelle, donnant à son Élisabeth toute la fougue, l'impétuosité, la démesure que le personnage requiert. L'actrice se fond en outre à merveille dans l'univers exacerbé que crée Shekhar Kapur. C'est d'ailleurs en grande partie grâce à elle que l'approche du cinéaste est couronnée de succès.
***1/2
ELIZABETH - THE GOLDEN AGE (V.F.: ELIZABETH - L'AGE D'OR)
Drame historique réalisé par Shekhar Kapur. Avec Cate Blanchett, Clive Owen, Geoffrey Rush, Abbie Cornish.