La Presse
Il y a quelque chose d'assez admirable dans la démarche de Carole Laure. En tant que cinéaste, la première égérie de Gilles Carle ne cesse en effet de creuser son sillon, attentive à donner une voix aux silences de l'enfance brisée. Après Les fils de Marie et CQ2, Laure affine sa démarche avec La capture, un drame dans lequel la réalisatrice assume pleinement ses choix de mise en scène en juxtaposant un imaginaire très riche à la réalité - très dure - qu'elle dépeint.
L'héroïne de cette histoire, dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle tient lieu d'alter ego à l'auteure cinéaste, est Rose, une jeune femme âgée de 20 ans (Catherine de Léan). Rose est la figure rebelle d'une famille sur laquelle le père (Laurent Lucas) exerce son emprise en entretenant auprès des siens un climat de terreur totale. La mère (Pascale Bussières) est en outre soumise à son mari depuis des années, incapable de sortir du cycle de violence implacable dans lequel elle est coincée. Son frère cadet (Thomas Lalonde) est aussi en difficulté.
Deux ans après l'avoir quitté, Rose revient au domicile familial avec la ferme intention de changer le cours des choses. Le récit s'attarde ainsi à décrire les moyens radicaux que prendra la jeune femme pour confronter son père à la souffrance de ses proches.
La capture est un film cru. Mu par une pulsion de révolte qui laisse pousser son cri, le récit met en exergue l'exacerbation des sentiments. Carole Laure affiche ici la volonté très nette d'explorer la part sauvage de l'être humain, tant dans la représentation de la violence que de la sexualité.
Ce parti pris s'exprime notamment à travers le langage des corps, auquel la réalisatrice a d'ailleurs toujours su faire écho dans ses films. Cette approche comporte toutefois un revers: celui des effets trop appuyés. À cet égard, La capture n'en manque pas. Que ce soit sur le plan musical, sur celui de la symbolique ou, plus directement, de la direction des acteurs, le film affiche une lourdeur dont il a parfois du mal à se départir. Au chapitre de l'interprétation, on remarque notamment un déséquilibre notoire. Si Laurent Lucas et Pascale Bussières offrent des compositions très justes, on ne peut en dire autant de ceux qui leur donnent la réplique, pris à devoir livrer parfois des dialogues un peu trop «écrits». Aussi, la partie consacrée au destin du frangin, qui est dans les pattes d'une petite organisation criminelle, apparaît moins convaincante.
Cela dit, la sincérité de l'appel octroie indéniablement à La capture un caractère émouvant. La mise en place de l'histoire, lors du prologue notamment, témoigne en outre d'une véritable vision de cinéaste. Le film est aussi traversé de quelques beaux traits de mise en scène, dont la nature onirique n'est pas sans évoquer le cinéma de celui qui, en un autre temps, a révélé Carole Laure au monde.
La capture témoigne surtout de la ferme détermination d'une créatrice à vouloir révéler la part intime des êtres. À travers un art dont elle maîtrise de plus en plus les rouages.
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LA CAPTURE
Drame réalisé par Carole Laure.
Avec Catherine de Léan, Pascale Bussières, Laurent Lucas, Thomas Lalonde.