La Presse
La simple évocation du Toqué! et du Pied de cochon vous excite les papilles? Ce documentaire bien ficelé signé Guillaume Sylvestre est pour vous. Pendant un an et demi, le réalisateur a suivi deux des plus célèbres chefs québécois dans leurs explorations culinaires. Plus qu'un documentaire, une invitation au plaisir.
Durs à cuire convie d'abord à une virée dans les cuisines (survoltées) du Toqué! Et du Pied de cochon. On part ensuite dans les cuisines d'autres restaurants, d'autres chefs, à Hong-Kong ou à Lyon (pour une savoureuse et cinglante séquence chez Le Bec), qui ont invité Normand Laprise et son sous-chef, l'incroyable Charles-Antoine Crête.
On suit aussi le maître du Pied de cochon, Martin Picard, et son sous-chef, Hugues Dufour. Sur les eaux du lac Ontario, où ils vont pêcher le saumon. Dans la campagne espagnole, où ils savourent toutes les cochonnailles possibles et imaginables.
Durs à cuire est un film sur l'excès, parce que la vie de ses quatre chefs va à 100 milles à l'heure, parce que la cuisine et la restauration les entraînent dans un tourbillon continu. Excès qui doit beaucoup aux personnalités des personnages du documentaire, au cours duquel, entres autres folies, une chaussure servira de coupe à champagne.
Au-delà des séances plutôt folkloriques (ou rock'n'roll, c'est selon), Durs à cuire est surtout un hommage à la passion de ces gastronomes, qui brûlent la vie par les deux bouts, et aussi à leur talent créatif. On ignore trop souvent la fine cuisine québécoise, et on oublie trop souvent aussi que les Québécois sont de fins gourmands, ouverts à toutes les expériences.
La réussite de Durs à cuire doit beaucoup à ses personnages (excessifs, hauts en couleur, remarquables), mais aussi à l'évidente complicité qui unit le réalisateur aux gastronomes. Guillaume Sylvestre avoue avoir lui-même servi de goûteur à Martin Picard, qu'il fréquente depuis plusieurs années.
De cette intimité aurait pu naître une complaisance peu intéressante pour le spectateur. C'est tout l'inverse qui se produit: la caméra de Guillaume Sylvestre se fond tout à fait dans les cuisines, se fait oublier pour mieux donner à voir l'excitation exaltante qui se crée autour des plats.
On n'est pas dans une émission culinaire et encore moins dans un documentaire explicatif. Au final, on apprend peu de choses techniques sur le parcours des gastronomes, et on s'en fout, tant le portrait brossé par Guillaume Sylvestre est sincère et généreux.
À la manière des anciens qui aiment à répéter que dans le cochon, tout est bon, on pourrait dire que dans ce film, tout est bon, tout se savoure, tout se déguste, et au final, c'est une orgie d'ambiances, de rencontres, et de ripailles. La vie, côté charnel, rien de moins.
***1/2
DURS À CUIRE
Documentaire gastronomique de Guillaume Sylvestre.
Avec Martin Picard, Normand Laprise, Charles-Antoine Crête et Hugues Dufour.