Le Soleil
C’est le cheminement périlleux mais nécessaire de l’enfance à l’adultesse qu’entreprend Christopher McCandless, au sortir des études. Son long périple, qui le mène de sa Virginie natale à l’Alaska sauvage, est en même temps une aventure spirituelle qui fait évoluer ce jeune homme du poids du ressentiment à la délivrance du pardon. Vers l’inconnu (Into the Wild) raconte une histoire vraie située en un temps et un lieu bien définis, mais qui parle à tous les jeunes qui doivent rompre leurs liens pour se lancer à la poursuite de leur destin. Une telle hauteur de vue fait du film de Sean Penn un grand et beau moment de cinéma.
Christopher McCandless (Emile Hirsch) sort de son collège avec d’excellentes notes. Il fait la fierté de son père (William Hurt), un expert de la NASA. Mais on se rend compte bien vite que les deux hommes ne partagent pas les mêmes valeurs. L’automobile neuve qu’on lui offre, Chris n’en veut pas! Nourri par les livres de Jack London et de Henry David Thoreau, Christopher cherche à « tuer l’être factice » et rêve de « revenir à l’état sauvage ».
Il part donc seul sur les routes de l’Arizona, du Colorado, de la Californie, du Mexique, avant de retraverser l’Amérique du sud au nord pour échouer dans un bus abandonné en Alaska : le « bus magique. » À cet âge, on croit à la magie du voyage, on fait comme si la terre n’était pas ronde et ne nous ramenait pas immanquablement à notre point de départ.
Saoul de témérité
Ivre d’indépendance, saoul de témérité, défiant le sort comme s’il défiait son père, Christopher se dit que «ce qui importe, ce n’est pas d’être fort, mais de se sentir fort». Se rebaptisant Alex Supervagabond, il aime se croire un surhomme. Toutes ses aventures, toutes ses rencontres n’ont pour but que de se retrouver tout fin seul, au bout du monde. Comme Byron, il pense : «Je ne méprise pas les hommes, mais je préfère la nature».
Chris, alias Alex, a préféré de ne pas répondre à la question qu’un bon vieillard lui avait lancée affectueusement : «Mais que fuis-tu donc?» On apprendra que c’est sa famille, principalement son père, qu’il rejette avec tant de fougue et d’abandon. Parvenu au terme de son voyage, dans une toundra où l’homme survit à grand peine, Christopher devra admettre que la liberté ne peut être absolue, puisque tout homme a ses limites. Son bus magique deviendra-t-il son pauvre tombeau?
Après l’extase de se trouver alone, vient la douleur de se retrouver lonely. Au bout du rouleau, le jeune homme s’avouera : «Le bonheur n’existe vraiment que s’il est partagé.»
Vers l’inconnu allie le souffle épique d’un London et la sagesse poétique d’un Thoreau. Sean Penn a eu le talent de préserver la qualité littéraire du roman de Jon Krakauer, Voyage au bout de la solitude, émaillant le récit de nombreuses citations et les illustrant de merveilleuse façon. Vers l’inconnu est une épopée de 2 h 20 qui passe très vite et nous emporte dans un flot d’images toujours très belles, au son d’une musique folk tout à fait de circonstance. Ce retour aux sources débouche sur une belle leçon de choses, pour ne pas dire une morale : une audace que très peu de réalisateurs osent désormais se permettre.
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VERS L'INCONNU