Le Soleil
Le Ring renvoie à de tristes statistiques dévoilées cette semaine. À Québec, un enfant sur cinq vit sous le seuil de la pauvreté. Un enfant sur 10 ne mange pas à sa faim. Si ces chiffres vous laissent de glace, le troublant film d’Anaïs Barbeau-Lavalette saura peut-être, lui, vous ébranler.
Marchant dans les traces des frères Dardenne, qui font le parti pris du réalisme et de l’humanisme, la jeune cinéaste tente d’éveiller les consciences au sort des laissés-pour-compte de notre société, en l’occurrence, un gamin de 12 ans d’un quartier défavorisé de Montréal, Jessy (Maxime Desjardins-Tremblay), qui aspire à devenir lutteur.
C’est le seul rêve auquel le jeune peut s’accrocher. Sa mère, junkie, a quitté la maison. Son père, pas un mauvais bougre, fait ce qu’il peut, mais peine à joindre les deux bouts. Son frère aîné est impliqué dans des combines louches. Sa sœur a du mal à composer avec sa féminité naissante. Le p’tit dernier de la famille est toujours dans sa chaise haute, devant la télé.
Jessy est laissé à lui-même. Il ne mange pas à sa faim. Personne ne se soucie qu’il aille à l’école ou non. Son seul confident est un clochard du quartier qui, une fois par semaine, monte dans l’arène pour lutter. C’est son idole, le seul adulte significatif dans sa vie, du moins jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il jouait la comédie dans le ring.
Outre sa façon intelligente, dénuée de pathos, de raconter cette histoire de survie, Le Ring doit beaucoup à la performance remarquable de justesse du jeune Maxime Desjardins-Tremblay. Gamin de peu de mots, c’est par ses regards que passent les émotions. Il est le cœur et l’âme du film.
Anaïs Barbeau-Lavalette offre un portrait brut de la misère matérielle et affective, en prise directe avec une réalité. Si son film porte sur le désespoir, il n’est pas désespérant pour autant. Sa conclusion, porte ouverte sur un avenir meilleur, donne à croire que la vie n’est pas toujours un match de lutte où les dés sont pipés d’avance. Il n’est écrit nulle part que les éternels perdants doivent toujours se faire river les épaules au tapis pour le compte de trois.