La Presse
Au Festival de Cannes, la rumeur s'était répandue comme une traînée de poudre. No Country for Old Men était le meilleur film des frères Coen depuis très longtemps. Il est vrai que les célèbres frangins, chéris de la Croisette (Barton Fink leur avait valu la Palme d'or en 1991), avaient laissé leurs admirateurs un peu sur la touche avec leurs plus récents films. Intolerable Cruelty et The Ladykillers avaient même des allures de faux pas.
Est-ce le fait de s'attaquer cette fois à l'adaptation d'un roman noir de l'un des auteurs phares du Sud profond qui nous vaut ce beau retour à la forme? Toujours est-il qu'un deuxième visionnement confirme l'impression que nous avions ressentie il y a quelques mois sur la Croisette. No Country for Old Men est bel et bien le meilleur film des Coen depuis Fargo. Curieusement, ces derniers sont rentrés bredouilles de Cannes cette année. Allez comprendre.
On retrouve en tout cas dans ce film la touche d'humour très grinçant qui a établi la réputation du tandem dès Blood Simple, leur premier film. No Country for Old Men baigne dans un climat d'apocalypse qui sert admirablement le propos.
Tout, dans ce film, est stupéfiant: le récit, le ton, la mise en scène, la direction photo (travail sublime de Roger Deakins), sans oublier l'interprétation de haut vol d'une distribution d'ensemble (même ceux qui ont de tout petits rôles) de laquelle émerge notamment un Javier Bardem étonnant.
Dans cette adaptation du roman de Cormac Mccarthy, l'acteur espagnol, rappelons-le, incarne un tueur d'anthologie. Ce type sans foi ni loi n'obéit à aucun code moral, sinon celui de déterminer parfois le sort de ses victimes à pile ou face.
Un règlement de comptes sanglant amène ainsi ce «professionnel» à se rendre dans une petite ville frontalière du Texas afin de récupérer un magot qui a été subtilisé à la faveur d'une transaction qui a mal tourné. Nous sommes en 1980. Le monde est en train de changer. Les revendeurs de drogue ont depuis longtemps déjà remplacé les voleurs de bétail. L'inconscience d'un chasseur innocent (Josh Brolin) - c'est lui qui a ramassé la somme - déclenche en outre dans la ville une réaction en chaîne d'une férocité inouïe. Dépassé par les événements, un shérif vieillissant et nostalgique doit quand même se dépatouiller avec toutes ces embrouilles.
No Country for Old Men, un titre qui fait écho à la chute d'un monde où aucun code d'honneur n'a plus cours, comporte des scènes épouvantablement violentes, dont l'impact est toutefois tempéré par une absence quasi totale de complaisance. Surtout, les Coen mènent leur récit de main de maître. Et offrent en prime quelques scènes mémorables. Certains spectateurs seront probablement frustrés par une fin abrupte qui maintient le récit en suspens, mais les admirateurs des frères Coen, eux, seront aux anges.
Un mot maintenant, sur les versions disponibles aux cinéphiles montréalais. Depuis hier, No Country for Old Men est à l'affiche dans sa version originale anglaise et dans sa version doublée en français. Soyez prévenus que la version originale ne s'adresse qu'à ceux qui ont déjà l'oreille très bien exercée à l'accent du Texas. Cela dit, les adeptes des versions originales devraient attendre un peu avant de se rabattre par dépit sur la version doublée. Une copie sous-titrée en français prendra en effet l'affiche à Montréal le 16 novembre. L'attente en vaut vraiment la peine.
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NO COUNTRY FOR OLD MEN (V.F.: NON, CE PAYS N'EST PAS POUR LE VIEIL HOMME)
Suspense réalisé par Joel et Ethan Coen.
Avec Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Javier Bardem, Kelly MacDonald.