Le Soleil
Les insectes ont la cote au rayon des films d’animation. Après Antz (Fourmiz) et A Bug’s Life (Une vie de bestiole), sortis coup sur coup il y a près de 10 ans, la machine à rêves hollywoodienne propose une autre comédie d’animation entomologique, Drôle d’abeille (v.f. de Bee Movie).
Est-ce l’effet de surprise qui a disparu, ou encore la surexploitation du genre, toujours est-il que cette production des studios Dreamworks (Shrek), aussi gentille soit-elle, ne remplit pas toutes ses promesses. Désolé pour le jeu de mots facile, mais Drôle d’abeille manque de piquant.
L’insecte héros du film de Steve Hickner et Simon J. Smith s’appelle Barry B. Benson (voix de Jerry Seinfeld en version originale anglaise), une abeille qui se croit destinée à faire autre chose de son existence que fabriquer du miel pour toujours et à jamais. Barry rêve plutôt, à l’image de ses congénères les plus hardis, d’aller loin de la ruche recueillir le nectar des fleurs de Central Park.
Sans avoir le physique de l’emploi, Barry réussira à se faire embaucher et à prendre son envol. Du coup, sa vie ne sera plus jamais la même. En chemin, non seulement il aura le coup de foudre pour une jolie fleuriste (voix de Renée Zellweger), mais il se révoltera contre le genre humain, qui exploite sans vergogne les abeilles pour vendre leur miel.
À bas les exploiteurs perfides des abeilles prolétariennes réduites à l’esclavage. À croire qu’un certain Karl Marx a collaboré au scénario. Les parents férus d’économie pourront profiter de l’occasion pour introduire leur progéniture aux rouages du système capitaliste, au jeu de l’offre et de la demande, et aux désavantages de la semaine de sept jours...
Si l’intention pédagogique est louable, elle laisse un arrière-goût qui ne goûte pas le miel. Sans doute une façon pour Dreamworks de se donner bonne conscience à notre époque d’hyperproductivité et de profits mirobolants des multinationales. Surtout lorsqu’on sait que Barry est l’objet d’une multitude de produits dérivés, en collaboration avec McDonald’s...
Qu’importe, le fond du problème du scénario ne réside pas seulement dans ses prétentions politico-économiques, mais dans le manque de rythme du récit, l’historiette d’amour pas convaincante une miette, et les nombreux gags qui tombent à plat. À la vie comme à l’écran, la justice est omniprésente, fallait-il en rajouter avec l’ennuyant procès Barry B. Benson contre l’Humanité?
On aurait également pu laisser en plan les personnages de l’acteur Ray Liotta et Larry King, ennuyants porte-étendards de la culture populaire américaine. À l’inverse, l’apparition de Sting est plutôt savoureuse, tout comme le clin d’œil à la scène de la piscine de The Graduate (Le lauréat), avec Dustin Hoffman.
Sur la forme, rien à redire, la technologie du cinéma d’animation ne cessant de se peaufiner d’un film à l’autre. La première sortie de Barry hors de la ruche est épatante, avec le survol d’un Central Park explosant de couleurs, tout comme celle de l’épilogue, sur l’air de Here Comes the Sun.
Malgré ses qualités techniques, Drôle d’abeille n’a rien pour être couronné meilleur film d’animation de l’année.