Le Soleil
Après deux comédies plutôt décevantes (Intolerable Cruelty et Ladykillers), les frères Joel et Ethan Coen étaient mûrs pour renouer avec la fougue qui a fait leur réputation. Les célèbres frangins l’ont retrouvée, en partie, avec Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme. Il faut dire que même ordinaires, leurs films demeurent supérieurs à la moyenne.
Ce 12e film du tandem derrière Fargo et Barton Fink est l’adaptation du roman No Country for Old Men, de Cormac McCarthy, une légende de la littéraire américaine, ex-lauréat du prix Pulitzer. Avec son esprit non conformiste, ses personnages brisés, son humour sombre, le «Shakespeare de l’Ouest» offrait son lot d’atomes crochus avec les Coen Brothers. Il était écrit dans le ciel que la route de ces trois-là, tôt ou tard, devaient se croiser au grand écran.
Le point de départ de cette histoire déjantée se situe à la frontière du Texas et du Mexique, quelque part au début des années 80. L’endroit n’est plus ce qu’il était. Les voleurs de bétail ont cédé leur place aux trafiquants de drogues. Qui n’hésitent pas à se faire la peau.
Llewelyn Moss (Josh Brolin) ne se doutait pas dans quel guêpier il se retrouverait après avoir dérobé une mallette remplie de fric, dans un véhicule entouré de cadavres criblés de balles. Du coup, cet ancien du Viêtnam, un type marié et sans histoire, deviendra l’homme à abattre pour l’obscur propriétaire de la cagnotte, qui mettra sur ses traces un impitoyable tueur à gages, Anton Chigurh (terrifiant Javier Bardem).
Un shérif stoïque et désillusionné, Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones), dépassé par la nouvelle fureur qui sévit dans l’Ouest, sera le témoin privilégié de cette sanglante poursuite. Le vieil homme pour qui ce pays n’est pas fait, c’est lui.
Scénario qui s’essouffle
À Cannes, où le film a connu sa première en sélection officielle, plusieurs observateurs ont célébré ce dernier opus comme l’un des plus réussis des frères Coen, aussi bon que Fargo. Le rapprochement tient la route jusqu’à un certain point, grâce à une mise en scène réglée au quart de tour, des personnages pittoresques et un regard pénétrant sur un coin de pays qui n’est plus ce qu’il était.
C’est toutefois faire abstraction d’un scénario qui s’essouffle en seconde partie, en route vers une finale pour le moins déconcertante, qui laisse sur notre appétit. Dommage, car jusqu’à ce moment, les deux cinéastes étaient en pleine maîtrise de leur art.
Chose certaine, les frères Coen démontrent encore une fois qu’ils sont de fabuleux directeurs d’acteurs. Si Brolin et Lee Jones, dont le personnage n’est pas sans rappeler celui dans Trois enterrements, jouent avec beaucoup de conviction, la révélation du film est sans contredit l’Espagnol Javier Bardem, époustouflant dans son premier film américain.
À mi-chemin entre Terminator, Hannibal et Dennis Hopper (de Blue Velvet), l’impitoyable tueur à la bonbonne d’air compressé donne froid dans le dos. Heureusement que sa ridicule coupe de cheveux permet de détendre un peu l’atmosphère...
Avec ce rôle, Bardem vient certainement de décrocher une place enviable dans la liste des plus grands méchants de l’histoire du cinéma. Et aussi, de prendre une sérieuse option pour une nomination à un Oscar d’interprétation.