La Presse
À l'approche de la saison des Fêtes, une période qui, aux États-Unis, a officiellement été lancée cette semaine à l'occasion de Thanksgiving, Hollywood ne peut résister à l'envie de verser dans le sentimentalisme de circonstance. August Rush (aussi présenté en version française sous le même titre) est un conte horriblement sucré qui, malgré ses accents mélodramatiques, distille néanmoins un certain charme. À vrai dire, les interprètes principaux - Keri Russell, Jonathan Rhys Meyers et le petit Freddie Highmore - sauvent cette production à formule de l'indigence, par la seule grâce de leur présence.
Variation d'Oliver Twist qui aurait un peu trop frayé du côté de Fame et de Shine, le récit s'attarde au parcours d'un gamin âgé d'une dizaine d'années qui affiche une passion - et un talent prodigieux - pour la musique. Né à la suite d'une aventure d'un soir qu'ont vécue Lyla, une violoncelliste (Russell), et Louis, un chanteur rock (Rhys Meyers), le petit Evan a grandi sous la protection de l'assistance publique, ses deux parents ignorant même jusqu'à son existence. Le père de Lyla avait en effet pris les dispositions nécessaires à l'époque de la naissance du petit garçon pour que ce dernier soit donné en adoption à l'insu de sa fille. De son côté, Louis n'a même jamais su que la femme qui a toujours hanté son esprit depuis cette nuit magique - et qu'il n'a jamais pu revoir - était enceinte.
Malgré ce point de départ, déjà limite, les artisans n'hésitent pas à rajouter une couche en faisant d'Evan un enfant doté d'une sensibilité particulière qui lui fait « entendre « la musique en toutes circonstances. C'est grâce à ce don, forcément, que ses parents biologiques entendront son appel. En attendant, le petit Evan attire l'attention d'un travailleur social (Terrence Howard), et rencontre au Washington Square de New York (l'endroit même où ses parents l'ont conçu) une espèce de personnage un peu bizarre (Robin Williams) qui saura détecter chez lui un talent musical hors du commun. Cet homme, qui recueille des enfants abandonnés en les invitant à squatter un vieux théâtre, deviendra ainsi l'impresario de celui qui fera désormais carrière sous le nom d'August Rush. Le jeune prodige aura même droit à son heure de gloire lors d'un concert à Central Park, lieu de la réunion familiale attendue (et prévisible).
Réalisé par Kirsten Sheridan (la fille de Jim a déjà été sélectionnée aux Oscars en tant que coscénariste de In America), August Rush utilise tous les ingrédients d'une recette maintes fois utilisée. Ce conte familial est souvent à dormir debout tant les invraisemblances se multiplient, d'autant plus que certains personnages, celui qu'incarne Robin Williams notamment, sont très mal dessinés. Cela dit, le jeune Highmore (Finding Neverland) possède la sensibilité requise pour transmettre la nature exceptionnelle de cet enfant prodige. Russell et Rhys Meyers traduisent de leur côté fort bien le caractère romantique de leur histoire.
Les amateurs de sucreries apprécieront; les autres feraient mieux de passer leur chemin...
**1/2
AUGUST RUSH
Drame réalisé par Kirsten Sheridan.
Avec Freddie Highmore, Jonathan Rhys Meyers, Keri Russell, Robin Williams.