La Presse
Dans The Mist, les monstres ne sont pas qu'humains. C'est-à-dire que le réalisateur et scénariste Frank Darabont retourne à ses premières amours et donne plus dans l'horreur que lors de ses rendez-vous précédents avec l'oeuvre de Stephen King - c'est-à-dire avec The Shawshank Redemption et The Green Mile.
Le résultat est un film hybride, où les monstres, fruits d'effets spéciaux plutôt réussis dans le genre (même si on a tout vu!), font saigner les personnages et sursauter les spectateurs; où les humains agissent de manière... inhumaine lorsque livrés à eux-mêmes, sans les balises de la civilisation - le tout menant à une finale qui assomme, qui enrage, qui choque, selon la manière dont elle sera «lue».
Chose certaine, impossible de ne pas en discuter après (le) coup. Mais il serait criminel d'en dire plus sur le sujet, sinon que le point final du film n'est pas celui de la nouvelle de Stephen King. À part ça, Frank Darabont a été fidèle à l'intrigue et à l'esprit du texte.
Le récit se déroule donc dans une petite ville du Maine. Une tempête déferle sur les lieux. Pannes d'électricité. Arbres tombés. Vitres brisées. Bref, une fois la météo revenue à un semblant de normale, les gens se rendent au supermarché pour se procurer le nécessaire au train-train des prochains jours, qui risque d'être perturbé. Ils ignorent à quel point.
Une brume, épaisse et blanche, s'abat sur la ville. Elle (la brume) est peuplée de monstres - des insectes énormes, des oiseaux «préhistoriques» et autres créatures pas commodes. Elle (la ville) aussi - les hommes et les femmes prisonniers de la grande surface, aux prises avec la terreur à laquelle ils réagissent de différentes façons.
David (Thomas Jane), qui doit protéger son petit garçon, est l'homme de raison, ingénieux et ouvert à l'inconnu pour mieux le combattre. Norton (Andre Braugher) est le sceptique, cartésien et fermé à toute possibilité non rationnelle. Mlle Carmody (Marcia Gay Harden, qui vole la vedette) est pleine de ferveur religieuse et c'est par elle que la dissension fondra sur cette microsociété en mode survie.
Sont aussi présents la jolie institutrice (Laurie Holden); le gérant du supermarché (Toby Jones), petit, rond et souriant, que la tension révélera; quelques soldats venus de la base militaire voisine où un projet bien mystérieux est mené...
Bref, des personnages comme autant d'archétypes qui se laissent aller à des comportements - et des répliques - souvent prévisibles. Pour servir une leçon que l'on connaît (l'homme est un loup pour l'homme et la peur ne fait généralement qu'attiser l'animal en lui) mâtinée de quelques autres messages sur lesquels il vaut mieux ne pas insister pour ne pas risquer d'être condamné pour crime de lèse-punch.
Mais peu importe, la sauce prend. Ici, dans la tension dramatique ponctuée d'humour «kingien». Là, dans le gore lui aussi très typique des «histoires de monstres» du romancier. Cela, grâce à une réalisation nerveuse et à des effets spéciaux qui font de The Mist une manière d'épisode de luxe de The Twilight Zone. Oui, c'est un compliment.
***1/2
THE MIST (V.F. : BRUME)
Drame d'horreur de Frank Darabont.
Avec Thomas Jane, Marcia Gay Harden, Laurie Holden, Toby Jones.