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Aleksi K. Lepage |
La Presse
Les chemins de fer, l'or, le pétrole et la poussière. Les vastes étendues où ne poussent que des chicots desséchés, les villages provisoires habités par des hommes rugueux et leurs jeunes femmes bienveillantes, voilà quelques éléments majeurs de l'iconographie générale du mythique Far West. There Will Be Blood est bel et bien une sorte de western, jusque dans le titre. Mais n'allez pas imaginer des duels de pistoléros ou des chevauchées magnifiques. Surtout, n'attendez pas les cowboys et les Indiens, encore moins l'arrivée triomphale de la cavalerie.
Ce pétrole, cet «or noir» qui a fait des États-Unis l'empire américain, est au coeur des nombreuses intrigues de ce film grandiose et fascinant qui, à moins d'une grave erreur de jugement de la part des membres de l'Académie, ne volera pas sa place quelque part aux prochains Oscars. La critique américaine lui est d'ailleurs déjà généralement favorable.
Dans ce très long film, nous sommes plongés au début du siècle dernier, dans un pays en construction, alors que des aventuriers attirés par l'appât du gain partent à la recherche de puits de pétrole. Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis) découvre, en des terres désolées et peu chèrement vendues, une généreuse source du précieux liquide. Il s'y installe avec son fils, engage des gens de la région pour construire les derricks et fonde son entreprise, laquelle prospérera assez rapidement.
Daniel est un homme dur mais vaillant, un père autoritaire mais aimant. Un terrible accident dont sera victime son enfant (devenu sourd à la suite de l'explosion d'un derrick) le rendra fou de rage et de remords, et le brave entrepreneur se transformera lentement en vil promoteur, cynique, misanthrope, alcoolique et violent. Daniel reniera son propre fils et fera des misères à un jeune religieux illuminé (Paul Dano) lequel a fait construire une église pour y accueillir ses brebis. On sera témoin de la lente et triste dégénérescence de cet homme fier, riche mais blasé, jusqu'à la débâcle finale dont on vous épargne les détails. Oui, il y aura du sang...
Paul Thomas Anderson (Magnolia) a fabriqué ici l'un des plus grands et des plus beaux films qui parlent de l'histoire de l'Amérique et renvoie facilement Dances With Wolves au rang des nunuches.
L'interprétation est exceptionnelle, de Daniel Day-Lewis jusqu'aux acteurs de troisième ordre. La musique, sombre et inquiétante (de Jonny Greenwood) ajoute à l'étrange malaise que distille cette oeuvre sans compromis, presque désespérante et pourtant lumineuse. Ne craignez pas les 2h45, ce film, long et lent, nous propulse hors du temps, hors de ce monde post-moderne.
There Will Be Blood est le Godfather du western.
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THERE WILL BE BLOOD (V.F.: Il Y AURA DU SANG)
Drame de Paul Thomas Anderson.
Avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Dillon Freasier.
2h38.