Le Soleil
Régulièrement, le cinéma américain s’amourache d’un film indépendant, sorti de nulle part, qui finit par se ramasser dans la cour des grands pour la course aux Oscars. L’an dernier, c’était Little Miss Sunshine ; cette année, ce sleeper a pour titre Juno. Très honnêtement, malgré les qualités du film de Jason Reitman, on avait préféré le premier, plus déjanté et irrévérencieux.
Juno, du nom du personnage joué avec justesse par la jeune Ellen Page, se démarque d’abord et avant tout par son traitement original, loin des clichés, d’un sujet éminemment sérieux, soit la décision d’une adolescente de 16 ans tombée enceinte par accident (Ellen Page) de confier son futur bébé à un couple infertile (Jennifer Garner et Jason Bateman).
La jeune fille, qui n’a pas la langue dans sa poche, connaîtra une grossesse parfaite, entre un père et une belle-mère ultracompréhensifs, un petit ami timide et sportif, qui raffole des Tic Tac à l’orange, et ce petit couple, jeune, riche et beau, quasi parfait, du moins en apparence.
Mis en nomination pour quatre Oscars parmi les plus prestigieux (film, réalisateur, actrice et scénario original), le second long métrage de Reitman (Thank You for Smoking) est sympathique, empreint de tendresse et d’un humour léger, en total décalage avec les films pour ados, du genre Grossesse surprise.
Ce qui n’en fait pas pour autant un film inoubliable. Au lieu d’un scénario gentil qui ronronne, on aurait préféré un peu plus de folie, comme dans Little Miss Sunshine. Le scénario de l’ex-stripteaseuse Diablo Cody (un pseudonyme), que le tout-Hollywood s’arrache maintenant, avance à pas feutrés, sans faire trop de vagues, déversant au compte-gouttes de bons sentiments.
En bout de projection, on se demande néanmoins pourquoi l’Académie a préféré Juno au magnifique et puissant Vers l’inconnu (Into the Wild), de Sean Penn. Mais les voies de l’Académie, comme celles de Dieu, sont souvent impénétrables...
Les cinéphiles allergiques au doublage doivent être mis en garde : Juno est présenté à Québec exclusivement en version française... de France. Préparez-vous à entendre plein d’expressions argotiques qui risquent de vous faire lever les yeux au ciel d’exaspération. Oh putain!