La Presse
Avec Les Chansons d'amour, Christophe Honoré dévoile sans détour son affection pour le cinéma musical de Jacques Demy. Pour dessiner les triangles amoureux, affectifs et amicaux de son dernier opus, le réalisateur a pris un moule des années 60, utilisé des épices en vogue au tournant de la Nouvelle Vague, tout en y mélangeant des ingrédients du cinéma contemporain.
Il pleut, en effet, des trombes dans le coeur des personnages de son film autant que dans celui des protagonistes des Parapluies de Cherbourg. Honoré n'a toutefois fait preuve d'aucune pudeur ni masqué de quelconque façon les désirs charnels de ses personnages dans son drame musical.
Divisé en trois actes, comme le classique mettant en vedette Catherine Deneuve, Les Chansons d'amour raconte le bouleversement affectif d'un jeune homme (Louis Garrel, membre en règle de la famille cinématographique d'Honoré) se remettant difficilement d'un drame personnel. Redevenu soudainement célibataire, il cherchera doucement refuge dans les bras de tout un chacun.
Christophe Honoré n'a toutefois pas attendu le drame pour raconter la quête d'expérience sexuelle du personnage principal. Avant que les choses ne se bousculent dans sa vie, Ismaël (Garrel) et sa copine (Ludivine Sagnier) avaient accepté d'accueillir à temps plein dans leur lit une amie. Ainsi arrive dans le récit la première d'une série de drôles de conventions...
Film aux virages multiples, Les Chansons d'amour laisse pantois à plus d'une reprise. Le récit dramatique sur trame légère a pour béquilles trop peu de chansons pour qu'on accepte sa poésie musicale les oreilles grandes ouvertes. Remarquez que la plupart des refrains (d'Alex Beaupain) sont des bijoux de composition rappelant celles, mélancoliques, d'Autour de Lucie. Interprétées par des voix obligatoirement frêles et éraillées, elles ajoutent au spleen ambiant.
Mais dans un long métrage sans direction artistique fixe, les personnages jouent presque à tourner des vidéoclips. Tantôt on fait dans la mise en scène façon années 70, tantôt dans le film policier, dans l'hommage à Catherine Deneuve (sa fille Chiara Mastroianni joue d'ailleurs dans le film). Honoré a déconstruit les codes cinématographiques un peu maladroitement, s'est approprié certains courants du cinéma de façon moins habile qu'un Tarantino, par exemple.
Il y a tout de même le décor qui donne un peu d'humanité à l'ensemble, un Paris moins touristique, autour de la place de la Bastille, moins plaqué et étincelant que dans d'autres productions.
Étonnamment, c'est en s'attardant à ses personnages secondaires qu'une certaine vérité passe également, notamment celui joué par Grégoire Leprince-Ringuet. Honoré a su exprimer, en lui mettant dans la bouche des mots frais comme un vent marin, la naïveté d'un adolescent qui en pince pour le personnage principal et qui ne fait preuve d'aucune retenue pour se retrouver dans le même lit que lui. Certaines quêtes chantées sont plus réalistes...
** 1/2
LES CHANSONS D'AMOUR
Comédie musicale de Christophe Honoré.
Avec Ludivine Sagnier, Louis Garrel, Chiara Mastroianni et Clotilde Hesme.
95 minutes.