La Presse
Rien ne se perd, rien ne se crée, et c'est avec du vieux qu'on fait du neuf. L'usine hollywoodienne gobe tout, assimile tout, remâche tout et revomit n'importe quoi sous la forme de «films pop-corn sans prétention» aux budgets extravagants: 150 millions pour cette resucée cinématographique du feuilleton animé des années 80,
Transformers, déjà mauvaise en son temps et inspirée d'une gamme de jouets populaires de la compagnie Hasbro. Tout le monde ou presque a eu entre les mains l'un de ces fameux et fabuleux joujoux en forme de voiture, d'avion ou de magnétophone et qu'on pouvait, en deux ou trois tours de mains, transformer en petites figurines robotiques. C'était l'équivalent du cube Rubik, en plus facile, ou un machin vraiment cool pour les petits garçons avides de sensation.
Transformers, le film «tant attendu» de Michael Bay, s'adresse également aux «sous-doués» que nous sommes tous de temps en temps, surtout l'été. Bay n'est pas précisément reconnu pour son approche intellectuelle du septième art: ses films ne remettent rien en cause, ne posent aucune question, célèbrent l'ordre établi et les valeurs américaines avec tambours, trompettes, et cette «touche d'humour» qui les rendent inattaquables. Mais ses films donnent ce qu'on va y chercher. De
Bad Boys à ce
Transformers, en passant par
Pearl Harbor, Armageddon et
The Island, ce monsieur fabrique une sorte insolite de propagande yankee déguisée en «simple divertissement», des odes amusantes et hallucinantes au pouvoir intouchable de l'entertainment, comme Roland Emmerich et ses
Stargate, Independence Day et
Godzilla, sans l'ironie cruelle de Paul Verhoeven (Robocop). Chez nous, Éric Canuel (
Bon Cop Bad Cop) et Alain Desrochers (
Nitro) se revendiquent aussi du cinéma populaire, avec raison, car ces gars-là ont le mérite de faire beaucoup avec des moyens étriqués. Environ 7 millions pour
Nitro, et on parle d'un «gros budget»; 150 millions pour un film de robots totalement puéril et crétinisant, c'est un peu obscène.
Les vrais fanas du cartoon
Transformers, des gens dans la jeune trentaine qui ont grandi avec leur collection de jouets et qui ont maintenant les moyens de se payer un trip «nostalgie», trouveront cette adaptation de Michael Bay très agaçante. Les «robots» (des êtres venus d'ailleurs et doués du pouvoir d'imiter physiquement les machines) perdent la vedette au profit de personnages humains. L'équipe des Autobots (les gentils robots) est réduite à trois ou quatre bagnoles menées par le camion Optimus Prime.
Et les Decepticons (les méchants robots) à quelques véhicules et une trâlée de créatures couinantes plus ou moins semblables à des gremlins. On se demande d'ailleurs ce que le cinéaste sous-employé Joe Dante (réalisateur de
Gremlins) aurait fait de ce
Transformers, Dante qui a réussi à faire de
Small Soldiers, autre film de jouets, quelque chose d'un peu intéressant. On se demande ce que le rare Jon Voight, en secrétaire d'état, et l'excellent John Turturro, en agent des services secrets particulièrement zélé, sont allés faire là-dedans. Michael Bay et ses producteurs peuvent dormir tranquille: tout le monde, gavé de bandes-annonces invitantes, ira voir ce
Transformers d'un mauvais goût qu'on refuse de prendre au second degré. C'est gros, c'est «bien fait», mais ce n'est rien, rien du tout. Restez chez vous.
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TRANSFORMERSFilm d'action de Michael Bay.
Avec Shia LaBeouf, Megan Fox, Josh Duhamel.
144 minutes.