Le Soleil
Le premier long métrage d’Yves-Christian Fournier, Tout est parfait, est une œuvre de courage, qui ne craint pas de prendre à bras le corps un sujet encore tabou, le suicide chez les adolescents. Le jeune réalisateur avance à pas feutrés sur ce terrain miné avec talent, sans pour autant convaincre d’un bout à l’autre.
L’ambiance est lourde dans Tout est parfait, et pour cause. La mort et la tristesse flottent en permanence au-dessus de Josh (excellent Maxime Dumontier), qui vit en silence le pacte de suicide de ses quatre meilleurs amis. Dans la ville anonyme qu’il habite, avec ses parents évanescents (Claude Legault et Marie Turgeon), l’avenir lui apparaît sans issue. Comment va-t-il se remettre de ce drame? C’est toute la question.
Josh refoule ses sentiments, fait comme si rien n’avait changé (d’où le titre), mais ce n’est pas le cas. Son chagrin est grand, mais personne ne réussit à lui faire cracher le morceau. L’adolescent fragile cherche le réconfort, sans le trouver, auprès du père alcoolique de l’un des amis défunts (Normand D’Amour), lui aussi dépassé par les événements. Il pourrait se confier à sa petite amie (Chloé Bourgeois), mais encore là, les mots ne viennent pas. Josh, le taciturne survivant, aura fort à faire pour passer par-dessus la tragédie et s’ouvrir à la vie.
Plans redondants
Fournier réussit habilement à marier l’ambiance de son film à l’état intérieur de ses personnages. Dans l’univers trouble et pesant de cette ville désincarnée, les personnages évoluent, tels des fantômes, entre la polyvalente, le skate park et un party entre amis. La comparaison avec la texture des films de Gus Van Sant (Elephant et Paranoid Park) tient la route. Du beau travail.
À l’inverse, Tout est parfait accuse son lot de longueurs, particulièrement dans le premier tiers. Trop de plans sont redondants et nuisent au rythme. À près de deux heures, le film aurait pu subir quelques coups de ciseau au montage.
Si les personnages d’adolescents sont plus vrais que vrais (bien loin des caricatures jouées trop souvent par des acteurs dans la vingtaine), ceux des rares adultes (surtout Normand D’Amour) transportent avec eux trop de zones d’ombre. De toute évidence, Josh ne peut rien en attendre, et c’est dommage. Si une lumière d’espoir parvient à traverser le film, en épilogue, c’est à travers eux qu’elle aurait dû venir...